MORT


MORT
MORT

«DEPUIS qu’elles se savent mortelles, les civilisations ne veulent plus mourir.» Cette boutade est située, datée: elle reprend un mot de Paul Valéry sur l’Europe d’après 1918 et elle l’étend, elle le transforme pour l’appliquer à un monde en proie au péril atomique.

Mais sa signification et sa portée ne sont pas que de circonstance. Elle répète une leçon que connaissent bien les ethnologues, les sociologues: toute culture est un dépassement de la mort, non parce qu’elle la nie (la fuir, c’est encore y penser), mais parce que l’homme ne peut vivre sans l’avoir assumée, intégrée, sans l’avoir interprétée. La mort n’est pas ce qui fait échec à la culture; elle est ce qui fait surgir la culture comme échec à l’échec, comme affirmation de la vie malgré la mort, contre la mort.

Même à notre époque, où le danger nucléaire impose la hantise d’une suppression subite de toute forme de civilisation, l’humanité ne s’accepte pas comme condamnée. Elle prend conscience, au contraire, de l’ambiguïté de son effort scientifique et technique; pour la première fois, elle découvre que la fin ou la survie de l’espèce peut être un choix. Mais justement elle fait le bon choix: même l’«équilibre de la terreur» l’aide à persévérer. Bien qu’elle ait les moyens ou parce qu’elle a les moyens du suicide collectif, elle ne le veut pas. Elle opte pour le sursis; elle comprend que le consentement à l’existence n’a jamais été qu’une manière de surseoir.

On ne dira pourtant pas que la mort donne un sens à la vie. La formule serait trop commode. Après tout, cette vie qui s’angoisse, qui cherche à gagner du temps, qui déplore d’avoir à se perdre n’a pas la garantie que le sens l’emporte sur le non-sens.

Du moins, la mort oblige l’homme à s’inventer des raisons de vivre, en dépit d’une existence précaire, menacée et, finalement, caduque. Ce faisant, il ne détient nullement les clefs du mystère de la mort (qui est aussi bien le mystère de la vie). Mais il défie ce qui défie la vie; il ajoute à un vouloir-vivre, qui est instinctif, des réactions et des motivations qui ne le sont pas, qui n’appartiennent pas à la nature, mais à la culture. Ni la vie ni la mort ne sont pour lui «naturelles». Car son expérience n’est humaine que là où rien ne va de soi, où tout devient problème et valeur, où toute solution s’acquiert par réflexion et décision, c’est-à-dire (en référence à la pratique sociale) par imposition de règles, par position d’actes et de rites, par superposition de croyances et de mythes.

En d’autres termes (pour nous en tenir à elle), la mort ne fut jamais pour l’homme une donnée, un fait brut, un phénomène purement biologique; elle a toujours été une notion construite, élaborée, un «être culturel», une «marque» de l’existence morale et religieuse, un élément de la nature humanisée, du monde «comme volonté et comme représentation». Aussi bien se leurret-on quand on prétend que les affres de la mort viennent des résistances du moi vital, de sa lâcheté et de sa peur. Elles viennent de ce que le moi vital est lui-même un moi de culture et que mourir, quand il s’agit de l’homme, n’est pas périr, mais faire périr un monde d’attachements et d’investissements, un monde où le pouvoir et l’avoir sont d’essence symbolique, imaginativement exaltés, estimés non pour eux-mêmes, mais pour soi par rapport à autrui, contre autrui.

Cependant, il existe (il a existé au cours de l’histoire) de nombreuses mises en culture du concept de mort. Il n’est pas question de les passer en revue. Il suffira de citer quelques traits, de les souligner, voire de les corriger s’ils sont grossis ou déformés.

C’est une idée toute moderne que celle qui consiste à faire de la mort le piquant de la vie, le piment de la liberté, en expliquant que chaque projet humain anticipe son abolition finale et apprend d’elle le pathétique de la finitude: on ne se projetterait passionnément vers l’avenir, on ne connaîtrait un présent dense et fort que dans la mesure où l’on penserait d’avance un arrêt complet du temps de l’action.

Idée neuve, car l’empressement épicurien à jouir sans retard est une course de la vie contre la mort, mais non pas un assaisonnement de la vie à la saveur de la mort.

Idée intéressante, car elle montre jusqu’où peut conduire le souci d’insérer la mort dans la vie, de la désigner comme ce qui fait vivre (en regard, la liaison psychanalytique de l’amour et

de la mort, d’Éros et Thanatos, paraît faible).

Idée, néanmoins, marginale, raffinée à l’extrême, idée sophistiquée, car elle suppose une exaltation de la subjectivité, une dramatisation de soi qui ne sont accessibles qu’à quelques individus. Au surplus, la psychologie de ceux qui vivent intensément, dangereusement, peut avoir cent motifs (servir une cause, étonner le monde, mourir pourvu qu’on en parle, etc.) sauf celui qui est invoqué (s’immortaliser par renommée est encore un projet, et même une façon de faire survivre son projet: l’avenir des héros est dans la mémoire des peuples).

Au bout du compte, l’imagination humaine est ainsi faite: l’arrêt, la cessation du «projet» est ce qu’il y a de moins concevable. Seuls les grands hommes sculptent leur statue. Mais tous les hommes adoptent, avec un style de vie, un style de survie.

Les réactions de la conscience archaïque en face de la mort forment un contraste à peu près parfait avec le vivre-pour-mourir dont on vient de parler.

Non seulement le «primitif» ne conçoit pas la mort comme mort du projet, mais il ne la conçoit même pas comme mort de la vie. Il ne conçoit que des états de vie et, parmi ces états, il range celui de la vie du mort, de la vie du défunt comme défunt.

La raison en est qu’il se représente le temps et l’existence comme circulaires, comme allant de la vie à la mort et de la mort à la vie, sans rupture réelle au sein du cycle: il admet des phases, des mutations, il n’admet pas de suspension du processus.

En ce qui concerne la détermination (et la consécration) des états de vie, il ne s’intéresse aucunement à leur aspect subjectif (aux sentiments qu’éprouvent ceux qui les vivent); il ne retient que leur aspect objectif, social, institutionnel, et d’ailleurs il les réduit à un petit nombre de moments (ceux où les rôles se modifient au sein du groupe): la naissance, ou plutôt la collation du nom, qui est la naissance admise et reconnue, puis l’initiation, l’âge viril, le mariage, éventuellement la guerre et la paix, enfin la mort. Chacun de ces moments s’inscrivant dans un cercle, il n’y a que des déplacements, des transitions, à l’intérieur d’un devenir qui boucle avec lui-même. Tout changement est un passage, et tout rite relatif au changement un rite de passage. La mort elle-même est un transitus , un relais ou une étape, une autre manière d’être, comprise et classée comme provisoire.

Au fond, l’«évidence» qui guide ici la pensée archaïque, c’est que le groupe ne meurt pas (seuls les individus paraissent et disparaissent, vont et viennent) et qu’en conséquence il y a lieu de conclure que la puissance au sein du groupe, son énergie vitale ou sacrale, demeure constante. Or cela implique, entre autres choses, que la part de puissance détenue par les défunts ne soit pas prélevée, enlevée, qu’elle reste incorporée à la puissance globale, au dynamisme de la communauté. D’où cette attitude significative: le mort n’est mort que lorsque le groupe l’a enseveli selon les règles, c’est-à-dire lorsqu’une fonction lui a été assignée qui ne trouble plus, mais qui confirme ou qui restaure l’ordre du tout.

Sur quoi un moderne observera que cette conjuration de la mort trahit le primat du collectif sur l’individuel: le groupe ne célèbre les funérailles et ne porte le deuil des siens que pour maintenir sa stabilité et sa permanence. Sans conteste, cette lecture peut être proposée. Mais une autre lecture la redresse et la complète. En accédant au symbolisme social, l’homme se pense et pense la vie (la sienne, mais aussi la vie universelle) comme une totalité différenciée et cependant indivise; il en résulte que, dans la partie qui se transforme, le tout ne cesse de s’accomplir, ou encore que, dans ce qui meurt, tout ne meurt pas.

À cette conviction se mêlent des représentations fragiles. Mais là n’est pas la question (toutes les eschatologies fabulent et affabulent). L’essentiel est ce sentiment d’un tout qui ne se désagrège pas quand ses parties se métamorphosent, d’un tout qui se régénère et qui régénère ses parties (l’image de la nature extérieure, de la terre qui entre en sommeil puis se réveille, qui fait renaître ce qu’elle enfouit, est assurément un bon support pour l’imagination). C’est l’idée du tout qui exige qu’on aille au-delà des apparences, qui exige qu’on tienne la mort pour une apparence.

Autrement dit, l’intuition archaïque ne s’appuie pas, en profondeur, sur des rêves individuels (qui la concurrencent et lui nuisent); elle s’appuie sur la vision d’un tout qui persévère dans l’être, parce qu’il ne serait pas le tout s’il ne gardait sa puissance, toutes ses puissances.

L’argument est discutable (il est lié à une conception cyclique de la durée). Mais il a un double avantage: d’une part, il précède les cultes d’immortalité et il procède d’une inspiration plus radicale, moins intéressée (moins «égocentrée»); d’autre part, il échappe au tragique de la «mortalité», à l’orchestration du «mourir» qui survalorise un temps fini, un projet d’autant plus ardent et plus crispé qu’il se sent déjà brisé.

Cela dit, il est incontestable qu’au fil des âges la culture a de plus en plus accentué la «subjectivation» de la mort. Pour le meilleur et pour le pire. Le primitif meurt «mieux», il a une mort douce (même souffrante, même violente) parce que réglée, une mort confiante parce que conforme à l’idéal de vie communautaire; mourant, il passe par la mort, comme il passait, vivant, par les rites; la mort aussi est une observance, le dernier rite. Le civilisé meurt «moins bien», au fur et à mesure qu’il se dote d’une intériorité subjective, d’un moi indépendant, mais vulnérable. À cet égard, les religions de salut sont elles-mêmes équivoques: elles promettent la survie à un moi qu’on mortifie et qu’on fortifie. Il est possible que la mort soit la vraie vie (comme le proclament ces religions), à condition d’être le sacrifice suprême, le renoncement absolu, le grand dessaisissement du moi (comme le réclame, en particulier, le christianisme). Mais il ne faut pas que le gain apparaisse immédiatement dans la perte, que le don et l’abandon soient un calcul.

En résumé, quelles que soient les orientations personnelles, la mort n’est vécue (sinon vaincue) qu’à hauteur de mythe. On meurt humainement, quand une question sur la valeur de l’existence a surgi. Les réponses diffèrent, contradictoires. Mais, en toute société, en tout individu, l’interrogation aura lui.

Une culture fatiguée – la nôtre – commence à insinuer que la question elle-même est vide de sens, qu’elle n’est qu’un effet de langage. Il est seulement dommage que cette nouvelle vérité éclate quand il n’y a plus de vérité. Les dogmatismes eux-mêmes en seront soulagés: aucun d’eux n’est spécialement illusoire si la culture elle-même est illusion.

1. mort [ mɔr ] n. f.
Xe; lat. mors, mortis
ICessation définitive de la vie (d'un être humain, d'un animal et par ext. de tout organisme biologique).
1Cessation de la vie, considérée comme un phénomène inhérent à la condition humaine ou animale. trépas (cf. littér. Le dernier sommeil, le sommeil éternel). « La mort est partout, devant nous, derrière nous » (Sartre). Avoir peur de la mort. « La mort est d'abord un événement naturel de la vie » (J. Hamburger). Étude de la mort. thanatologie. La vie après la mort. au-delà.
(Personnifiée) camarde, faucheuse (cf. Danse macabre). Voir la mort de près. Frôler la mort. Allégorie de la Mort portant sa faux. La mort n'épargne personne. « C'est la mort qui console, hélas, et qui fait vivre » (Baudelaire). Loc. Hurler à la mort.
2Fin d'une vie humaine (ou animale), circonstances de cette fin. Mort héroïque, tragique. Mort naturelle, accidentelle, subite. Mort par asphyxie, électrocution. Il a trouvé la mort dans un incendie. Mourir de sa belle mort, de vieillesse et sans souffrance. Sur son lit de mort. Être à la mort, à l'article de la mort, tout près de mourir. ⇒ agonie; moribond, mourant. Les affres de la mort. Être en danger de mort. C'est une question de vie ou de mort, une affaire où il y va de la vie. Échapper à la mort ( trompe-la-mort) . Un silence de mort, absolu. ⇒ sépulcral. Admin. Accident sans mort d'homme. Loc. Ce n'est pas la mort (du petit cheval, d'un homme) : ce n'est pas grave; ce n'est pas difficile. — Coups et blessures ayant entraîné la mort ( fatal, mortel; 2. homicide) .
Loc. adv. À MORT : d'une façon qui entraîne la mort. ⇒ mortellement. Frappé à mort. En vouloir à mort à qqn, jusqu'à en souhaiter sa mort. Ils sont fâchés à mort. Fam. Complètement, à l'extrême limite du possible. Freiner à mort (cf. À fond). Baliser à mort, énormément.
3Cette fin provoquée ( assassinat, crime, euthanasie, 2. homicide, meurtre, suicide). Donner la mort : tuer. Se donner la mort : se suicider. Qui cause la mort. fatal, funeste, létal, mortel, mortifère. « Machines de guerre qui sèment la ruine et la mort » (Duhamel). Menaces de mort. Pulsions de mort. thanatos. Camp de la mort : camp d'extermination. Peine de mort. Condamner, mettre à mort. Condamné à être roué jusqu'à ce que mort s'ensuive. La mise à mort du taureau. estocade. Avoir droit de vie et de mort sur qqn.
♢ DE LA MORT, se dit d'exercices, d'engins..., qui mettent en danger de mort leurs auteurs, leurs occupants. L'acrobate va exécuter le saut de la mort.
Interj. À mort ! cri par lequel on réclame la mort de qqn. À mort le tyran ! Mort aux vaches !
4Terme de la vie humaine considéré dans le temps. décès, disparition. Avant, depuis sa mort. « Les anniversaires de la mort de ma mère » (Sainte-Beuve). Ouvrage publié après la mort de l'auteur ( posthume) . J'ai appris sa mort par un faire-part, par la rubrique nécrologique. Loc. À la vie (et) à la mort : pour toujours (formule de serment). « Ces belles amitiés-là, à la vie à la mort » (Loti).
5Biol., méd. Arrêt complet et irréversible des fonctions vitales (d'un organisme, d'une cellule) entraînant sa destruction progressive. Mort d'un fœtus, d'un organisme, d'une cellule. « la mort est un processus qui gagne de proche en proche » (J. Rostand). Mort apparente : arrêt temporaire ou ralentissement extrême des fonctions cardiaques et respiratoires. Mort clinique, constatée par un examen clinique, correspondant à un arrêt brutal des fonctions cardiaques, respiratoires, cérébrales. Mort biologique : arrêt du métabolisme des cellules (surtout nerveuses). Mort cérébrale : cessation de l'activité électrique de l'encéphale mise en évidence par un électro-encéphalogramme plat. Reculer le moment de la mort par l'acharnement thérapeutique.
IIFig.
1Anciennt Mort civile : privation définitive des droits civils. — Relig. La mort éternelle, de l'âme : la condamnation du pécheur aux peines de l'enfer.
2Destruction (d'une chose). C'est la mort du petit commerce. 1. fin, ruine. « la mort de la liberté » (Camus).
3Douleur mortelle. agonie. Souffrir mille morts. Loc. Avoir la mort dans l'âme : être tout à fait désemparé, désespéré. Faire qqch. la mort dans l'âme, contre son gré et avec souffrance. ⇒ 1. contrecœur (à).
⊗ CONTR. Vie, naissance. ⊗ HOM. Maure, mors. mort 2. mort, morte [ mɔr, mɔrt ] adj.
Xe; lat. pop. °mortus, class. mortuus, de mori mourir
1Qui a cessé de vivre. décédé, défunt, 2. feu, trépassé. Personne morte. cadavre. Enfant mort à la naissance. mort-né. Il est mort depuis longtemps. Il est mort et enterré (cf. Manger les pissenlits par la racine). On le croyait mort. « Laissé pour mort sur le champ de bataille » (Chateaubriand). Mort au champ d'honneur, mort pour la France. Être comme mort, à moitié mort, inanimé. Tomber mort, raide mort. Mort ou vif. Loc. C'est un homme mort, se dit de qqn que l'on va supprimer (cf. Être condamné). Un pas de plus et tu es un homme mort. (Animaux) crevé; charogne. « Un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort » ( BIBLE ). (Végétaux) Arbre mort. Bois mort. Feuilles mortes. sec . (Organes, tissus) Chair, peau morte (cf. Nécrosé), cellules mortes.
2Qui semble avoir perdu la vie. Ivre mort. Être à demi-mort de froid. Mort de fatigue, épuisé. Absolt Je suis morte ! fam. claqué, crevé, 2. nase. Mort de peur : paralysé par la peur. Plus mort que vif : effrayé au point de ressembler à un mort plus qu'à un vivant. — Yeux morts, éteints, sans vie. Dent morte, dévitalisée. « Affalé dans un fauteuil, les bras pendants, les jambes mortes » (Duhamel). engourdi, paralysé. Ne pas y aller de main morte.
Par ext. (Choses) Hors d'usage. cassé, usé; fam. 2. fichu, foutu, 2. nase. Les piles sont mortes. Ma voiture est morte.
3Fig. et littér. MORT À : insensible, indifférent à. Il est mort au monde. Rendre mort au péché. mortifier.
4(Choses) Sans activité, sans vie. « Paris était mort. Plus d'autos, plus de passants » (Sartre). Eau morte. stagnant. La mer Morte. Le feu est mort. éteint. Loc. Point, poids mort. Temps mort. Œuvres mortes d'un navire. Angle mort : zone dans laquelle le tir, l'observation sont rendus impossibles (par un écran, etc.). Cheptel mort. Nature morte, morte-saison (voir ces mots ).
5Qui appartient à un passé révolu. Langue morte. « Comme les villes mortes sortent des sables » (Maurois). « Ma vieille amitié pour lui n'est point morte » (A. Gide).
⊗ CONTR. 2. Vivant. Animé, vif. mort 3. mort, morte [ mɔr, mɔrt ] n.
• 1080; de 2. mort
1Dépouille mortelle d'un être humain. cadavre, corps, fam. macchabée. Veiller un mort. Prélever des organes sur un mort afin de les greffer. Autopsier un mort. Ensevelir, enterrer, incinérer les morts ( obsèques) . Restes, cendres d'un mort. Tête de mort. Par compar. Être pâle comme un(e) mort(e) ( cadavérique) .
Loc. Faire le mort : faire semblant d'être mort, rester sans bouger; fig. ne pas intervenir. — Fam. À réveiller les morts, se dit d'un bruit, d'un alcool très fort ou d'un plat très relevé. — Mort en sursis, mort vivant : personne qui n'a plus beaucoup de temps à vivre (cf. Un cadavre ambulant).
2Être humain qui ne vit plus (mais considéré comme existant dans la mémoire des hommes ou dans l'au-delà). défunt, disparu, trépassé. « Les morts gouvernent les vivants » (Comte). Culte, religion des morts. ancêtre. Messe ( requiem) , prières des morts. Le jour des Morts (le 2 novembre). Monument aux morts.
3Esprit, âme d'une personne morte. esprit, mânes. Ressuscité d'entre les morts. Apparition d'un mort. fantôme, revenant, spectre, zombie. Myth. Le royaume, le séjour des morts. 1. ombre; enfers.
4Personne que la mort a frappée, qui a été tuée. Cet accident a fait un mort et trois blessés. Les morts et les rescapés. Les morts de la guerre. victime; boucherie, hécatombe, massacre, tuerie. Liste des morts. nécrologie. Fam. La place du mort : dans une automobile, place du passager avant, la plus exposée.
5Dr. Le mort saisit le vif. Mort civil : personne frappée de mort civile.
6 N. m. Joueur de bridge, de whist qui étale ses cartes et ne participe plus au jeu après les annonces; les cartes de ce joueur. L'as est au mort, la dame dans ma main. Faire le mort.
⊗ CONTR. 2. Vivant.

mort Participe passé de mourir. ● mort nom féminin (latin mors, mortis) Perte définitive par une entité vivante (organe, individu, tissu ou cellule) des propriétés caractéristiques de la vie, entraînant sa destruction. Cessation complète et définitive de la vie d'un être humain, d'un animal : Annoncer la mort d'un ami. Terme de l'existence de quelqu'un, considéré comme un moment du temps, une date : Publier un ouvrage après la mort de son auteur. Manière de mourir ; circonstances qui accompagnent la mort : Une mort naturelle, accidentelle. Ce qui présage le décès, signes extérieurs ou personnification de la mort : La mort se lisait sur son visage. Cessation complète d'activité : La mort du petit commerce.mort (expressions) nom féminin (latin mors, mortis) À mort, mortellement : Être blessé à mort ; de toutes ses forces, à un degré intense, profond (familier) : Freiner à mort. Être fâché à mort. À mort !, Mort à !, exclamations par lesquelles on souhaite publiquement la mort de quelqu'un. Familier. Ce n'est pas la mort, ce n'est pas si terrible ou si difficile que ça. De la mort, se dit d'exercices qui mettent en danger de mort ceux qui s'y livrent : Saut de la mort. Être sur son lit de mort, à deux doigts de la mort, à l'article de la mort, être sur le point de mourir. La mort dans l'âme, à grand regret, contre son cœur, avec beaucoup de tristesse, de désespoir. Littéraire. La petite mort, l'orgasme. Mise à mort, exécution d'un condamné ; en tauromachie, moment où le matador porte l'estocade pour tuer le taureau. Mourir de sa belle mort, mourir de mort naturelle, de vieillesse. Ne pas vouloir la mort du pécheur, être indulgent, prêt au pardon (par allusion à un verset biblique). Pâle, blanc comme la mort, extrêmement pâle. Silence de mort, silence morne et profond. Souffle de la mort, signes avant-coureurs d'une mort prochaine. Souffrir mille morts, subir de terribles souffrances. Voir la mort de près, échapper de peu à un danger, à la mort. Mort cellulaire, perte de l'activité coordonnée des organites (éléments constitutifs de la cellule), correspondant à l'altération irréversible d'une cellule. Mort civile, privation de tous les droits civils. (La mort civile fut partiellement abolie par la Révolution, et totalement en 1854.) Peine de mort, peine criminelle suprême qui sanctionne les crimes les plus graves. (Supprimée en France par la loi du 9 octobre 1981, elle était exécutée par la décapitation au moyen de la guillotine, ou, pour les condamnés des tribunaux militaires et de la Cour de sûreté de l'État, par la fusillade.) Critères de la mort, données permettant d'affirmer le coma dépassé et d'autoriser sur le plan médico-légal le prélèvement d'organes. Mort apparente, état caractérisé par un arrêt temporaire ou un ralentissement extrême des fonctions cardiaque et respiratoire, qui deviennent à peine perceptibles et donnent au sujet l'apparence d'un mort. Mort apparente du nouveau-né, état d'un nouveau-né inerte à la naissance et ne respirant pas, mais dont le cœur présente encore des battements plus ou moins rapides. (Cet état est traité d'urgence par l'intubation, l'oxygénation et le massage cardiaque.) Mort subite, décès inattendu, inopiné, survenant chez un sujet apparemment en bonne santé. Mort subite ou inexpliquée du nourrisson, décès brutal d'un nourrisson en bonne santé apparente, sans cause connue, même à l'autopsie, premier facteur de mortalité avant l'âge de un an. Mort cérébrale, état dans lequel le cerveau n'assure plus aucune fonction normale. Pulsion de mort, nom donné, dans la deuxième topique freudienne, à une force qui pousse l'être humain sur des chemins éloignés de la vie. (Cette pulsion est à l'œuvre dans les passages à l'acte et dans la dépression. Le désir de mort, l'angoisse de mort sont autant de masques de la castration.) Théologie de la mort de Dieu, mouvement de pensée théologique, repris de la pensée de Hegel et de Nietzsche, et né du constat sociologique que dans la pensée contemporaine l'idée de Dieu ne joue pratiquement plus de rôle et qu'elle est remplacée par des faux dieux (l'argent, la volonté de puissance), qu'il faut abattre. ● mort (homonymes) nom féminin (latin mors, mortis) maure adjectif et nom mor nom masculin mord forme conjuguée du verbe mordre mords forme conjuguée du verbe mordre more adjectif et nom mors nom masculinmort (synonymes) nom féminin (latin mors, mortis) Cessation complète et définitive de la vie d'un être humain...
Synonymes :
- décès
- fin
- trépas (littéraire)
Contraires :
- vie
Cessation complète d'activité
Synonymes :
Contraires :
- activité
- prospérité
Psychanalyse. Pulsion de mort
Synonymes :
###● mort (citations) nom féminin (latin mors, mortis) Henri Alban Fournier, dit Alain-Fournier La Chapelle-d'Angillon, Cher, 1886-bois de Saint-Rémy, Hauts de Meuse, 1914 Je me demande pourquoi on n'aime et ne désire pas davantage la Mort. Correspondance avec Jacques Rivière Gallimard Henri Alban Fournier, dit Alain-Fournier La Chapelle-d'Angillon, Cher, 1886-bois de Saint-Rémy, Hauts de Meuse, 1914 Peut-être quand nous mourrons, peut-être la mort seule nous donnera la clef et la suite et la fin de cette aventure manquée. Le Grand Meaulnes Émile-Paul Jean Anouilh Bordeaux 1910-Lausanne 1987 La mort est belle. Elle seule donne à l'amour son vrai climat. Eurydice, IV, M. Henry La Table Ronde Théodore Agrippa d'Aubigné près de Pons, Saintonge, 1552-Genève 1630 J'aime à voir de beautés la branche déchargée À fouler le feuillage étendu par l'effort D'Automne, sans espoir leur couleur orangée Me donne pour plaisir l'image de la mort. Stances Théodore Agrippa d'Aubigné près de Pons, Saintonge, 1552-Genève 1630 Comme un nageur venant du profond de son plonge, Tous sortent de la mort comme l'on sort d'un songe. Les Tragiques Claude Aveline Paris 1901-Paris 1992 La mort d'autrui soumet le vivant, résigné, aux lois inévitables. La sienne, il la considère comme un assassinat. Les Mots de la fin Hachette Charles Baudelaire Paris 1821-Paris 1867 Ô mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre. Ce pays nous ennuie, ô mort ! Appareillons ! Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre, Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons ! Les Fleurs du Mal, le Voyage Simone de Beauvoir Paris 1908-Paris 1986 La mort semble bien moins terrible, quand on est fatigué. Les Mandarins Gallimard Yves Bonnefoy Tours 1923 Rien n'est vrai qui ne se prouve par la mort. L'Improbable Mercure de France Jacques Bénigne Bossuet Dijon 1627-Paris 1704 Non, je ne veux rien voir en vous de ce que la mort y efface ; vous aurez dans cette image des traits immortels ; je vous y verrai tel que vous étiez à ce dernier jour sous la main de Dieu, lorsque sa gloire sembla commencer à vous apparaître. Oraison funèbre de Louis de Bourbon, prince de Condé Michel Butor Mons-en-Barœul 1926 Chaque mot écrit est une victoire contre la mort. Entretiens avec Georges Charbonnier Gallimard Albert Camus Mondovi, aujourd'hui Deraan, Algérie, 1913-Villeblevin, Yonne, 1960 Ce qui vient après la mort est futile. Le Mythe de Sisyphe Gallimard Albert Camus Mondovi, aujourd'hui Deraan, Algérie, 1913-Villeblevin, Yonne, 1960 La mort n'est rien. Ce qui importe, c'est l'injustice. Requiem pour une nonne (Adapté de William Faulkner) Gallimard Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline Courbevoie 1894-Meudon 1961 Je ne veux pas que la mort me vienne des hommes, ils mentent trop ! ils ne me donneraient pas l'Infini ! Féerie pour une autre fois Gallimard Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline Courbevoie 1894-Meudon 1961 Dans l'Histoire des temps la vie n'est qu'une ivresse, la Vérité c'est la Mort. Semmelweis Gallimard Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort près de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 Académie française, 1781 Vivre est une maladie, dont le sommeil nous soulage toutes les seize heures ; c'est un palliatif : la mort est le remède. Maximes et pensées Ausone de Chancel château de Guissalles, Charente 1808-Mostaganem 1878 On entre, on crie Et c'est la vie ! On crie, on sort Et c'est la mort. Quatrain inscrit en tête d'un album Jean-Baptiste Chassignet Besançon vers 1578-1637 Ce qui semble périr se change seulement. Le Mespris de la vie et consolation contre la mort François René, vicomte de Chateaubriand Saint-Malo 1768-Paris 1848 La mort ne révèle point les secrets de la vie. Mémoires d'outre-tombe Guillaume Amfrye, abbé de Chaulieu Fontenay, Vexin normand, 1639-Paris 1720 La mort est simplement le terme de la vie, De peines ni de biens elle n'est point suivie. Épître à Mme la duchesse de Bouillon André de Chénier Constantinople 1762-Paris 1794 Le Messager de mort, noir recruteur des ombres […]. Iambes Benjamin Constant de Rebecque Lausanne 1767-Paris 1830 La mort, mystère inexplicable, dont une expérience journalière paraît n'avoir pas encore convaincu les hommes […]. Adolphe François Coppée Paris 1842-Paris 1908 Académie française, 1884 Songe aux têtes de mort qui se ressemblent toutes. Les Récits et les Élégies Lemerre Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 Qui ne craint point la mort ne craint point les menaces. Le Cid, II, 1, le comte Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 Chaque instant de la vie est un pas vers la mort. Tite et Bérénice, V, 1, Tite Louis Émié 1900-1967 La mort n'est rien puisqu'un dieu la dépasse. L'État de grâce Le Rond-Point Xavier Forneret Beaune 1809-Beaune 1884 La folie, c'est la mort avec des veines chaudes. Sans titre, par un homme noir, blanc de visage Hélinand de Froidmont 1160-1230 Mort fait à chacun sa droiture. Vers de la mort son droit Charles de Gaulle Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970 […] Ce que nous pensons de la mort n'a d'importance que par ce que la mort nous fait penser de la vie. Propos recueillis par André Malraux dans Les Chênes qu'on abat Gallimard Charles de Gaulle Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970 […] La fin de l'espoir est le commencement de la mort. Propos recueillis par André Malraux dans Les Chênes qu'on abat Gallimard Jean Giono Manosque 1895-Manosque 1970 La mort attrape d'abord ceux qui courent. L'Iris de Suse Gallimard Jean Giraudoux Bellac 1882-Paris 1944 Pour tuer quelqu'un, [le mariage] est quand même moins sûr que la mort. Électre, I, 3, le mendiant Grasset Julien Green Paris 1900-Paris 1998 Académie française, 1971 L'ennui est un des visages de la mort. Journal Plon Jean-Baptiste Louis Gresset Amiens 1709-Amiens 1777 La douleur est un siècle et la mort un moment. Épître à ma sœur sur ma convalescence Gabriel Joseph de Lavergne, comte de Guilleragues Bordeaux 1628-Istanbul 1685 L'oubli me paraît une mort. Lettre, à Mme de La Sablière José Maria de Heredia La Fortuna, près de Santiago de Cuba, 1842-château de Bourdonné, près de Houdan, 1905 Académie française, 1894 Et ses yeux n'ont pas vu, présage de son sort, Auprès d'elle, effeuillant sur l'eau sombre des roses, Les deux Enfants divins, le Désir et la Mort. Les Trophées, le Cydnus Lemerre Alfred Jarry Laval 1873-Paris 1907 La mort n'est que pour les médiocres. Gestes et opinions du Dr. Faustroll, pataphysicien Fasquelle Alfred Jarry Laval 1873-Paris 1907 Songez à la perplexité d'un homme hors du temps et de l'espace, qui a perdu sa montre, et sa règle de mesure, et son diapason. Je crois, Monsieur, que c'est bien cet état qui constitue la mort. Gestes et opinions du Dr. Faustroll, pataphysicien Fasquelle Étienne Jodelle Paris 1532-Paris 1573 De la mort divine revient pour nous éternellement la mort. Pour la piété et la justice Alphonse Karr Paris 1808-Saint-Raphaël 1890 Si l'on veut abolir la peine de mort, en ce cas, que Messieurs les assassins commencent. Les Guêpes Louise Labé, surnommée la Belle Cordière Lyon vers 1524-Parcieux-en-Dombes 1566 Je ne souhaite encore point mourir. Mais quand mes yeux je sentirai tarir, Ma voix cassée, et ma main impuissante, Et mon esprit en ce mortel séjour Ne pouvant plus montrer signe d'amante : Prierai la Mort noircir mon plus clair jour. Sonnets, XIII Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 La mort ne surprend point le sage : Il est toujours prêt à partir. Fables, la Mort et le Mourant Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Que vous êtes pressante, ô déesse cruelle ! Fables, la Mort et le Mourant Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Approche-t-il du but, quitte-t-il ce séjour, Rien ne trouble sa fin : c'est le soir d'un beau jour. Philémon et Baucis François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. Maximes Patrice de La Tour du Pin Paris 1911-Paris 1975 Commencer l'homme par sa mort, c'est ma tendresse […]. Une somme de poésie Gallimard Georges Limbour Courbevoie 1900-Cadix 1970 Sonde d'amour, veux-tu mesurer le fond où va pouvoir mouiller la mort ? L'Enfant polaire Gallimard Maurice Maeterlinck Gand 1862-Nice 1949 Allez où vos yeux vous mènent, Dieu les fermera demain. Treize Chansons de l'âge mûr Fasquelle Marie François Pierre Gontier de Biran , dit Maine de Biran Bergerac 1766-Paris 1824 J'assiste à ma mort avec les forces entières de ma vie. Journal, 1815 comte Joseph de Maistre Chambéry 1753-Turin 1821 La terre entière, continuellement imbibée de sang, n'est qu'un autel immense où tout ce qui vit doit être immolé sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu'à la consommation des choses, jusqu'à l'extinction du mal, jusqu'à la mort de la mort. Les Soirées de Saint-Pétersbourg François de Malherbe Caen 1555-Paris 1628 Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre Est sujet à ses lois Et la garde qui veille aux barrières du Louvre N'en défend point nos rois. Stances de la mort Stéphane Mallarmé Paris 1842-Valvins, Seine-et-Marne, 1898 Ô mort le seul baiser aux bouches taciturnes ! Poésies, le Guignon Stéphane Mallarmé Paris 1842-Valvins, Seine-et-Marne, 1898 […] Un peu profond ruisseau calomnié la mort. Poésies, Hommages et tombeaux. Anniversaire, janvier 1897 André Malraux Paris 1901-Créteil 1976 Pourquoi la vanité est-elle aussi forte que la mort ? Antimémoires Gallimard André Malraux Paris 1901-Créteil 1976 Toute civilisation est hantée, visiblement ou invisiblement, par ce qu'elle pense de la mort. Antimémoires Gallimard André Malraux Paris 1901-Créteil 1976 La musique seule peut parler de la mort. La Condition humaine Gallimard André Malraux Paris 1901-Créteil 1976 Il y a une fraternité qui ne se trouve que de l'autre côté de la mort. L'Espoir Gallimard André Malraux Paris 1901-Créteil 1976 La mort n'est pas une chose si sérieuse ; la douleur, oui. L'Espoir Gallimard André Malraux Paris 1901-Créteil 1976 La tragédie de la mort est en ceci qu'elle transforme la vie en destin. L'Espoir Gallimard Roger Martin du Gard Neuilly-sur-Seine, 1881-Sérigny, Orne, 1958 Je ne vois que l'inconscience qui peut éviter au mourant un atroce sentiment de vanité et de désespoir. Correspondance avec A. Gide Gallimard Louis Massignon Nogent-sur-Marne 1883-Paris 1962 […] La mort laisse la vie de l'âme se maintenir entre ceux qui aiment. Lettre à Hélène Maspero Hommage à Massignon l'Herne André Maurois Elbeuf 1885-Neuilly 1967 Académie française, 1938 La mort […] ne peut être pensée puisqu'elle est absence de pensée. Il faut donc vivre comme si nous étions éternels. Ce que je crois Grasset Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Je veux que la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d'elle, et encore plus de mon jardin imparfait. Essais, I, 19 Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 [La mort] ne vous concerne ni mort ni vif : vif, parce que vous êtes ; mort, parce que vous n'êtes plus. Essais, I, 20 Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Nous ne devenons pas autres pour mourir. J'interprète toujours la mort par la vie. Essais, II, 11 Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Nous troublons la vie par le soin de la mort et la mort par le soin de la vie ; l'une nous ennuie, l'autre nous effraye. Essais, III, 12 Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Pourquoi crains-tu ton dernier jour ? Il ne confère non plus à ta mort que chacun des autres. Essais, I, 20 contribue Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 La préméditation de la mort est préméditation de la liberté. Qui a appris à mourir, il a désappris à servir. Essais, I, 20 méditation préliminaire Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Tous les jours vont à la mort, le dernier y arrive. Essais, I, 20 Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu château de La Brède, près de Bordeaux, 1689-Paris 1755 Il faut pleurer les hommes à leur naissance, et non pas à leur mort. Lettres persanes Henry Millon de Montherlant Paris 1895-Paris 1972 Académie française, 1960 Nous vivons en un temps où, Dieu merci, une condamnation à mort ne déshonore plus personne. Malatesta, II, 4, Malatesta Gallimard Henry Millon de Montherlant Paris 1895-Paris 1972 Académie française, 1960 Il n'y a qu'une préparation à la mort : elle est d'être rassasié. Mors et Vita Gallimard Henry Millon de Montherlant Paris 1895-Paris 1972 Académie française, 1960 Ce qui est effrayant dans la mort de l'être cher, ce n'est pas sa mort, c'est comme on en est consolé. La Reine morte, II, 1, Egas Coelho Gallimard Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval Paris 1808-Paris 1855 Ô Mort, où est ta victoire ? Aurélia Commentaire Simple reprise du Nouveau Testament, I Corinthiens, chapitre 15, verset 55. Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Divertissement. Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser. Pensées, 168 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Francis Ponge Montpellier 1899-Le Bar-sur-Loup 1988 C'est par sa mort parfois qu'un homme montre qu'il était digne de vivre. Tome premier, Note sur les otages Gallimard Marcel Proust Paris 1871-Paris 1922 […] Il en est de la vieillesse comme de la mort. Quelques-uns les affrontent avec indifférence, non pas parce qu'ils ont plus de courage que les autres, mais parce qu'ils ont moins d'imagination. À la recherche du temps perdu, le Temps retrouvé Gallimard Jules Renard Châlons, Mayenne, 1864-Paris 1910 La peur de la mort fait aimer le travail, qui est toute la vie. Journal, 10 juillet 1897 Gallimard Arthur Rimbaud Charleville 1854-Marseille 1891 Ô Mort mystérieuse, ô sœur de charité ! Poésies, les Sœurs de charité Maximilien de Robespierre Arras 1758-Paris 1794 La mort est le commencement de l'immortalité. À la Convention nationale, Discours du 8 thermidor an II Pierre de Ronsard château de la Possonnière, Couture-sur-Loir, 1524-prieuré de Saint-Cosme-en-l'Isle, près de Tours, 1585 Que ta puissance, ô Mort, est grande et admirable ! Hymne de la mort Denis de Rougemont Neuchâtel 1906-Genève 1985 Si un homme pouvait penser complètement la mort, il mourrait à cet instant-là. Entretien avec Pierre Lhoste, in Les Nouvelles littéraires 24 décembre 1970 Marc Antoine Girard, sieur de Saint-Amant Quevilly, près de Rouen, 1594-Paris 1661 Académie française, 1634 Tout est détruit, et la Mort même Se voit contrainte de mourir. Le Contemplateur Armand Salacrou Rouen 1899-Le Havre 1989 Ce doit être un des désastres de la mort, cette découverte des pensées secrètes de ceux qu'on a aimés. L'Inconnue d'Arras Gallimard Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné Paris 1626-Grignan 1696 Je trouve la mort si terrible, que je hais plus la vie parce qu'elle m'y mène, que par les épines qui s'y rencontrent. Correspondance, à Mme de Grignan, 16 mars 1672 Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues Aix-en-Provence 1715-Paris 1747 On ne peut juger de la vie par une plus fausse règle que la mort. Réflexions et Maximes Commentaire Cette réflexion semble être une réplique à Montaigne. Anonyme Plutôt la mort que le déshonneur. Potius mori quam foedari. Horace, en latin Quintus Horatius Flaccus Venusia, Apulie, 65-Rome ? 8 avant J.-C. La pâle mort frappe d'un pied indifférent les masures des pauvres et les palais des rois. Pallida mors aequo pulsat pede pauperum tabernas Regumque turres. Odes, I, IV, 13-14 Commentaire Les Anciens avaient coutume d'annoncer leur arrivée en frappant du pied la porte. Marcus Manilius Ier s. Chaque instant de la vie est un pas vers la mort. Nascentes morimur, finisque ab origine pendet. Astronomica, IV, 16 Sénèque, en latin Lucius Annaeus Seneca, dit Sénèque le Philosophe Cordoue vers 4 avant J.-C.-65 après J.-C. Après la mort, il n'y a rien et la mort elle-même n'est rien. Post mortem nihil est ipsaque mors nihil. Les Troyennes, 398 Baruch Spinoza Amsterdam 1632-La Haye 1677 L'homme libre ne pense à rien moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation, non de la mort, mais de la vie. Homo liber de nulla re minus quam de morte cogitat, et ejus sapientia non mortis, sed vitae meditatio est. L'Éthique, Livre IV Épictète Hiérapolis, Phrygie, vers 50-Nicopolis, Épire, vers 130 après J.-C. Si je suis malheureux à ce point, il y a un port assuré, la mort… Aussi rien n'est difficile dans la vie. Quand tu le veux, tu sors, et tu n'es plus gêné par la fumée. Entretiens, IV, 10, 27 (traduction Souilhé) Commentaire Voir : Entretiens (I, 25, 18) : « Le foyer fume dans l'appartement ; s'il n'y a pas trop de fumée, je resterai ; s'il y en a trop, je m'en vais. Car il faut se souvenir et bien retenir que la porte est ouverte. » Marc-Aurèle, Pensées (V, 29) : « … Sors plutôt de la vie, mais persuadé que tu n'en souffres aucun mal. De la fumée… je m'en vais. » Homère IXe s. avant J.-C. Ne me farde pas la mort. L'Odyssée, XI, 488 (traduction V. Bérard) Commentaire Achille, aux enfers, regrette la vie et refuse les consolations. Platon Athènes vers 427-Athènes vers 348 ou 347 avant J.-C. Qu'est-ce que craindre la mort sinon s'attribuer un savoir qu'on n'a point ? Apologie de Socrate, 29a (traduction M. Croiset) Commentaire Socrate veut dire que la mort peut être un bien. Bible Car l'amour est fort comme la Mort la jalousie inflexible comme le Shéol. Ses traits sont des traits de feu, une flamme de Yahvé. Ancien Testament, Cantique des cantiques VIII, 6 séjour des âmes des morts Commentaire Citation empruntée à la « Bible de Jérusalem ». Bible La mort a grimpé par nos fenêtres, elle est entrée dans nos palais, elle a fauché l'enfant dans la rue, les jeunes gens sur les places. Ancien Testament, Jérémie IX, 20 Commentaire Citation empruntée à la « Bible de Jérusalem ». sir Winston Leonard Spencer Churchill Blenheim Palace, Oxfordshire, 1874-Londres 1965 La mort et la douleur seront nos compagnons de voyage ; les privations notre vêtement, la constance et la vaillance notre seul bouclier. Death and sorrow will be the companions of our journey ; hardship our garment, constancy and valour our only shield. Commentaire Paroles prononcées par Winston Churchill le 8 octobre 1940 devant la Chambre des Communes. Abu Bakr Abd Allah vers 573-634 Fuis les honneurs et l'honneur te suivra ; convoite la mort et la vie te sera donnée. Sentence Manuel Altolaguirre Málaga 1906-Burgos 1959 À une vie toute de songe La mort ne peut faire mal. A vida que toda es sueño La muerte no le hará daño. Vivir soñando Anonyme Peu importe où j'irai après la mort, car, des deux côtés, j'ai des amis qui m'attendent. Suite de l'article ###● mort[2] (citations) (suite) Retour au début de l'article Vieille Chanson de la province de Värmland Confucius, en chinois Kongzi ou Kongfuzi [maître Kong] 551-479 avant J.-C. Celui qui ne sait pas ce que c'est que la vie, comment saura-t-il ce que c'est que la mort ? Entretiens, VI, 11 (traduction S. Couvreur) Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski Moscou 1821-Saint-Pétersbourg 1881 Tous les hommes veulent la mort de leur père. Les Frères Karamazov Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski Moscou 1821-Saint-Pétersbourg 1881 Mettre à mort un meurtrier est une punition sans commune mesure avec le crime qu'il a commis. L'Idiot Franz Kafka Prague 1883-sanatorium de Kierling, près de Vienne, 1924 Le besoin de métaphysique n'est que le besoin de la mort. Metaphysisches Bedürfnis ist nur Todesbedürfnis. Journal, 8 avril 1912 Pétrarque, en italien Francesco Petrarca Arezzo 1304-Arqua, Padoue 1374 La mort est fin d'une prison obscure pour les âmes nobles ; elle est angoisse pour les autres, qui ont placé dans la fange toute leur sollicitude. La morte è fin d'una pregione oscura all'anime gentili ; all'altre è noia, ch'ànno posto nel fango ogni lor cura. I Trionfi, II George Santayana Madrid 1863-Rome 1952 Il n'y a aucun remède contre la naissance et contre la mort, sinon de profiter de la période qui les sépare. There is no cure for birth and death save to enjoy the interval. Soliloquies in England Arthur Schopenhauer Dantzig 1788-Francfort-sur-le-Main 1860 La mort est le génie qui inspire le philosophe, l'Apollon musagète de la philosophie… S'il n'y avait pas la mort, on ne philosopherait guère. Der Tod ist der eigentliche inspirierende Genius oder der Musaget der Philosophie… Schwerlich sogar würde, ohne den Tod, philosophiert werden. Le Monde comme volonté et représentation William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 … la mort, ce gendarme féroce, est inflexible dans ses arrêts. … this fell sergeant, death, Is strict in his arrest. Hamlet, V, 2, Hamlet sainte Thérèse d'Ávila [Teresa de Cepeda y Ahumada] Ávila 1515-Alba de Tormes 1582 Mort qui fait toucher la vie, ne t'attarde pas, je t'attends ! Muerte do el vivir se alcanza, no te tardes, que te espero. Versos nacidos del fuego del amor de Dios que sí teníamort, morte nom (de mort) Être humain qui a cessé de vivre : Cet accident a fait trois morts. Dépouille mortelle d'un être humain : Incinérer un mort. Littéraire. Esprit d'une personne morte : Le royaume des morts. Jeux Au bridge, celui des quatre joueurs qui étale son jeu sur la table ; les cartes du mort. ● mort, morte (citations) nom (de mort) Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le Vésinet 1951 Les morts ne sont pas morts, c'est assez clair puisque nous vivons. Propos sur le bonheur Gallimard Marcel Arland Varennes-sur-Amance 1899-Saint-Sauveur-sur-École, Seine-et-Marne, 1986 Académie française, 1968 Si je ne m'occupe pas de nos morts, qui s'en occupera ? La Consolation du voyageur Stock Charles Baudelaire Paris 1821-Paris 1867 Les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs. Les Fleurs du Mal, la Servante au grand cœur Georges Bernanos Paris 1888-Neuilly-sur-Seine 1948 Il faut expier pour les morts. Les Grands Cimetières sous la lune Plon Chrétien de Troyes vers 1135-vers 1183 Les morts avec les morts, les vivants avec les vivants ! Les mors as mors, les vis as vis ! Perceval ou le Conte du Graal (traduction L. Foulet) Commentaire Proverbe dit par Perceval alors qu'il vient d'apprendre la mort de sa mère. Auguste Comte Montpellier 1798-Paris 1857 Les morts gouvernent les vivants. Catéchisme positiviste Commentaire La même notion se retrouve chez Comte sous diverses formes : « Les vivants sont toujours et de plus en plus, dominés par les morts » Politique positive, « L'Humanité se compose essentiellement des morts dignes de survivre » Catéchisme positiviste. C'est aussi à Comte qu'on rapporte la formule célèbre : « L'Humanité se compose de plus de morts que de vivants. » Fernand Desnoyers Paris 1828-Paris 1869 Il est des morts qu'il faut qu'on tue. Commentaire Écrit en 1858 contre Casimir Delavigne, mort en 1843. André Frénaud Montceau-les-Mines 1907-Paris 1993 Il est des morts vaincus qu'il faut précipiter encore un coup du haut des tours en pierre. Il n'y a pas de paradis Gallimard Eugène Guillevic Carnac 1907-Paris 1997 Il ne faut pas mentir, Rien n'est si mort qu'un mort. Exécutoire Gallimard Claude Adrien Helvétius Paris 1715-Paris 1771 L'envie honore les morts pour insulter les vivants. Notes, maximes et pensées Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Puisqu'il est des Vivants, ne songez plus aux Morts. Fables, la Jeune Veuve Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret. Fables, la Mort et le Mourant Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Contre de telles gens, quant à moi, je réclame. Ils ôtent à nos cœurs le principal ressort ; Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort. Fables, le Philosophe scythe Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Quand le moment viendra d'aller trouver les morts, J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords. Fables, le Songe d'un habitant du Mogol Alphonse de Prât de Lamartine Mâcon 1790-Paris 1869 C'est la cendre des morts qui créa la patrie. La Chute d'un ange Alphonse de Prât de Lamartine Mâcon 1790-Paris 1869 Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts. Premières Méditations poétiques, l'Isolement Patrice de La Tour du Pin Paris 1911-Paris 1975 Vous faites tant de morts dans vos engendrements ! Une somme de poésie Gallimard Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, dit O. V. de L. Milosz Tchereïa, Lituanie, 1877-Fontainebleau 1939 Les morts, les morts sont au fond moins morts que moi […]. Les Sept Solitudes, Tous les morts sont ivres… Jouve René de Obaldia Hong-kong 1918 Presque tous les morts sont bons. Les Richesses naturelles, la Traite des morts Julliard Pablo Ruiz Picasso Málaga 1881-Mougins 1973 Nos morts continuent à vieillir avec nous. Cité par Pierre de Champris dans Ombre et soleil Gallimard Jules Romains, pseudonyme littéraire devenu ensuite le nom légal de Louis Farigoule Saint-Julien-Chapteuil, Haute-Loire, 1885-Paris 1972 Académie française, 1946 La victoire a beau grandir, elle ne réussit plus à rattraper les morts. Les Hommes de bonne volonté, Vorge contre Quinette Flammarion François Marie Arouet, dit Voltaire Paris 1694-Paris 1778 On doit des égards aux vivants ; on ne doit aux morts que la vérité. Œdipe, Lettre écrite sur « Œdipe » en 1719 Théognis de Mégare VIe s. avant J.-C. Une couche de ronces vaut bien des tapis pour un mort. Élégies, I, 1193 (traduction J. Carrière) Bible Mais Jésus lui répliqua : « Suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts. » Évangile selon saint Matthieu, VIII, 22 Camilo José Cela Trulock, dit Camilo José Cela Padrón, La Corogne, 1916 En Espagne, seuls les morts sont importants. En España sólo son importantes los muertos. San Camilo 36 Robert Louis Balfour Stevenson Édimbourg 1850-Vailima, près d'Apia, îles Samoa, 1894 Je te le dis, je n'ai encore rien vu de bien sortir de la bonté. Celui qui frappe le premier a raison. Les morts ne mordent pas. I tell you, I never seen good come o'goodness yet. Him as strikes first is my fancy, dead men don't bite. L'Île au trésor, V, 26 mort, morte (difficultés) nom (de mort) Orthographe Jamais de trait d'union dans les locutions : eau morte (= eau stagnante), ivre mort, rester lettre morte, nature morte, poids mort, point mort, mort vivant, à demi mort. Accord Faire le mort (= faire semblant d'être mort). L'expression reste le plus souvent au masculin singulier : lorsqu'on touche certaines scolopendres, elles s'enroulent et font le mort. L'accord au féminin n'est pas fautif, mais il est beaucoup plus rare : elles font les mortes. - Employée comme terme de bridge, l'expression est toujours au masculin singulier : c'est Marie-Gladys qui fait le mort, c'est Marie-Gladys le mort.mort, morte (expressions) nom (de mort) Familier. À réveiller les morts, se dit d'un bruit énorme, d'une boisson alcoolisée très forte, d'un mets très épicé. Faire le mort, ne donner aucun signe de vie, ne pas se manifester. Mort vivant, mort en sursis, personne dont la mauvaise santé laisse à penser qu'elle est condamnée à mourir prochainement. Familier. Place du mort, dans une voiture, place située à l'avant, à côté du conducteur. Littéraire. Rivage, séjour des morts, enfers mythologiques, lieu où sont réunies les âmes des morts. Livre des morts, en Égypte ancienne, rituel funéraire, datant du Nouvel Empire, dont on mettait dans les tombes un exemplaire sous la forme d'un rouleau de papyrus, souvent décoré de peintures et de vignettes. (C'est une source d'information sur les aspects les plus complexes de la religion égyptienne.) Le mort saisit le vif, maxime exprimant cette règle que l'héritier est de droit possesseur des biens de son auteur, dès l'heure de la mort de celui-ci. Fête ou jour des morts, deuxième jour de novembre, spécialement consacré, depuis 998, chez les catholiques, à des prières pour les morts. Messe des morts, messe célébrée pour le repos des âmes du purgatoire. Aux morts !, sonnerie et batterie pour honorer le souvenir des Français morts pour la patrie. ● mort, morte (homonymes) nom (de mort) maure adjectif et nom mor nom masculin mord forme conjuguée du verbe mordre mords forme conjuguée du verbe mordre more adjectif et nom mors nom masculinmort, morte (synonymes) nom (de mort) Être humain qui a cessé de vivre
Synonymes :
- défunt
- trépassé
Dépouille mortelle d'un être humain
Synonymes :
- dépouille
- macchabée (argotique)
Littéraire. Esprit d'une personne morte
Synonymes :
- lares
- ombres
Contraires :

mort
(Vallée de la) (en angl. Death Valley) profond et aride fossé d'effondrement des È.-U. (en Californie, près de la frontière du Nevada).
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mort, morte
adj. et n.
rI./r adj.
d1./d Qui a cessé de vivre. Un enfant mort.
(Animaux, végétaux, tissus, etc.) Cheval mort. Bois mort. Cellule morte.
d2./d Qui semble privé de vie, qui semble être dans un état voisin de la mort. Ivre mort.
être mort de peur, plus mort que vif, saisi d'une frayeur paralysante.
Loc. C'est un homme mort, qui ne peut plus échapper à une mort prochaine.
|| Regard mort, sans expression, vide.
d3./d (Choses) Sans apparence de vie, sans activité. Ville morte.
Eau morte, stagnante.
Langue morte, que l'on ne parle plus.
Angle mort: partie du champ de vision qui se trouve masquée par un obstacle.
MECA Point mort: point où un organe mécanique ne reçoit plus d'impulsion motrice; spécial. position du levier de commande de la boîte de vitesses d'un véhicule automobile, dans laquelle aucun pignon n'est enclenché.
Fig. L'affaire est au point mort, elle n'avance plus.
Poids mort: poids propre d'une machine, qui réduit son travail utile; fig. (personne) se dit de qqn d'encombrant, qui est inutile de sa personne.
SPORT Temps mort: temps d'un arrêt de jeu; fig. temps de diminution ou de cessation de l'activité, de l'intérêt, etc.
rII./r n.
d1./d Personne qui a cessé de vivre. L'incendie a fait deux morts.
Sonnerie aux morts: sonnerie militaire d'hommage aux soldats morts pour la patrie.
|| Cadavre. Enterrer un mort.
Loc. Faire le mort: feindre l'immobilité d'un mort; fig. s'abstenir de toute réaction, de toute intervention; ne pas se manifester.
d2./d Personne morte mais considérée seulement comme soustraite au monde des vivants. Culte, messe des morts.
d3./d n. m. JEU Au bridge, celui des quatre joueurs qui étale ses cartes; le jeu, étalé, de ce joueur.
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mort
n. f.
d1./d Fin de la vie, cessation définitive de toutes les fonctions corporelles.
Se donner la mort: se tuer, se suicider.
être à la mort, à l'article de la mort, sur le point de mourir.
Arrêt, sentence de mort.
Loc. adv. à mort: de telle sorte que la mort survient. être frappé à mort.
Fig. En vouloir à mort à qqn, lui en vouloir tellement que l'on souhaite sa mort (par exag., lui garder une rancune extrêmement vive).
Par ext., Fam. Beaucoup, très fort, à fond. Serrer un écrou à mort.
Interj. à mort! Mort à...!: cris par lesquels on réclame la mort de qqn (ou par lesquels on proclame son hostilité à qqn, à qqch). à mort les traîtres!
à la vie (et) à la mort: pour toujours.
|| BIOL Cessation définitive des fonctions biologiques. Mort d'une cellule.
d2./d Ensemble des circonstances qui accompagnent la fin de la vie; manière de mourir. Mourir de mort naturelle, violente.
Mourir de sa belle mort, de vieillesse et sans souffrance.
d3./d Fig. Souffrance extrêmement vive; désarroi, désespoir. Souffrir mille morts. Avoir la mort dans l'âme.
|| THEOL CHRET Mort éternelle: état des pécheurs condamnés aux peines de l'enfer.
d4./d Extinction, destruction, disparition (de qqch). Le développement de la pêche industrielle pourrait entraîner la mort de la pêche artisanale.
d5./d La Mort: personnification de la mort, souvent représentée sous l'aspect d'un squelette armé d'une faux.

I.
⇒MORT1, subst. fém.
A. —Cessation de la vie.
1. [La mort est pour tout organisme vivant, homme, animal ou végétal, un événement individuel qui peut être précisé] Anton. naissance.
a) [Avec un compl. déterminatif ou un adj. poss.] Mort d'un homme; ma, ta... mort. La mort de Socrate a préparé la mort de Jésus (P. LEROUX, Humanité, 1840, p.932). Elle se (...) mit à écrire près de moi et, tout d'abord, une chose ingénieuse et charmante sur la mort des fleurs, comparée à la mort des insectes éphémères (MICHELET, Journal, 1858, p.391). Elle était restée dans une stupeur blême, depuis la mort de Geneviève (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p.749):
1. Cela expliquait que mes inquiétudes au sujet de ma mort eussent cessé au moment où j'avais reconnu inconsciemment le goût de la petite madeleine, puisqu'à ce moment-là l'être que j'avais été était un être extra-temporel, par conséquent insoucieux des vicissitudes de l'avenir.
PROUST, Temps retr., 1922, p.871.
SYNT. Annoncer, apprendre, causer, hâter, souhaiter, venger, voter la mort de qqn.
[En fonction de compl. d'obj. interne] Chaque créature est seule pour mener son combat, comme elle sera seule, au jour fixé, pour mourir sa mort (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p.287).
Locutions
Droit de vie ou de mort.
Mort de ma vie! Mort de mon âme! Mort de mon ame! Camarades, croyons en notre capitaine (LA MARTELIÈRE, Robert, 1793, IV, 1, p.42). Mort de ma vie!... s'écria-t-il en montant dans la calèche où ils étoient tous trois, je le délivrerai, ou l'on m'enterrera sous les ruines de Valence!... (BALZAC, Annette, t.3, 1824, p.221).
Mort dieux! Le Général: (...) Je lui laverai la tête [à cet écervelé], mort dieux! (VILLARS, Précieuses du jour, 1866, p.21). V. Morbleu!
Fam. Ça/ce n'est pas la mort d'un homme! Ça/ce n'est pas une chose difficile, insurmontable à faire. Monsieur César, un peu de courage! Ce n'est pas la mort d'un homme! (BALZAC, C. Birotteau, 1837, p.233). Je suis là, moi? Cinquante mille francs sont-ils la mort d'un homme? J'hypothèque ma terre et lui prête la somme (AUGIER, Jeunesse, 1858, p.410).
Fam. Ce n'est pas la mort du petit cheval. ,,Ce n'est pas grave, pas difficile`` (REY-CHANTR. Expr. 1979).
b) [Avec un adj. (gén. postposé sauf dans le lang. littér.)] Tu n'as point médit de la vertu, en recevant si jeune une mort si cruelle! (LATOUCHE, L'HÉRITIER, Lettres amans, 1821, p.36). C'eût été courir à une mort certaine (VERNE, 500 millions, 1879, p.240). Sa mort prématurée a été un de mes premiers vrais chagrins de petit garçon (LOTI, Rom. enf., 1890, p.15).
SYNT. Mort accidentelle, atroce, brutale, glorieuse, héroïque, ignominieuse, immédiate, infâme, instantanée, inutile, précoce, prochaine, rapide, redoutée, solitaire, soudaine, tragique, volontaire.
Belle mort. Mort naturelle, calme et sans souffrance (par opposition à la mort violente ou à la mort après une longue maladie). Mourir de sa belle mort. Il était heureux de s'être fait oublier dans ce coin de province, en y gouvernant le moins possible, certain maintenant d'y mourir de sa belle mort, avec le régime qu'il portait depuis de longues années en terre (ZOLA, Travail, t.2, 1901, p.169).
Male mort. Mort violente. V. malemort:
2. Les sourires, les acquiescements, les soumissions et les enchantements qu'Oriante prodigue n'empêchent pas qu'elle percerait le roc, monterait dans la lune et livrerait à la male mort ceux qu'elle aime, plutôt que d'abandonner sa ligne d'ascension.
BARRÈS, Jard. Oronte, 1922, p.76.
P. méton., vx. Mort noire. Peste noire. La mort noire au XVIe siècle, reçut sa dénomination des accidents hémorragiques qui en furent la manifestation la plus frappante (SACQUÉPÉE, GARCIN ds Nouv. Traité Méd. fasc. 3 1927, p.548).
c) P. anal. Fin. Sur la lisière d'une capitale, l'embarcadère d'un chemin de fer, c'est la mort d'un faubourg et la naissance d'une ville (HUGO, Misér., t.1, 1862, p.521). J'aime mieux savoir du moins que tu prépares la mort de notre amour (CAMUS, Chev. Olmedo, 1957, 2e journée, 5, p.761).
2. [La mort est une force intemporelle sentie comme une menace pour toute vie humaine] Anton. vie.
a) [Compl. d'un verbe; la mort est l'objet d'une action]
[Avec un verbe construit directement] Néanmoins, sa promesse, son engagement (...) l'empoignaient au son de cette caisse sombre, sonnant la mort (VERLAINE, Œuvres compl., t.4, L. Leclercq, 1886, p.137). Il pensa qu'ils aimeraient tous deux, quand ils seraient deux et que viendrait leur tour, d'accepter ensemble la douce mort, comme on prend un morceau de pain (MALÈGUE, Augustin, t.2, 1933, p.359).
SYNT. Craindre, désirer, demander, mériter, risquer, souhaiter, vouloir la mort.
Donner, se donner la mort.
Pop. [Pour fustiger la lenteur de qqn] On l'enverrait chercher la mort. On peut lui envoyer chercher la Mort, on est sûr de vivre encore un bon bout de temps (BRUANT 1901, p.291).
Vieilli ou littér. Porter la mort. Plus que vingt bras armés quand son bras serait fort, Pût oser l'attaquer et lui porter la mort (CHÉNIER, Bucoliques, 1794, p.45).
Fam. Voir la mort de près. Échapper de peu à la mort, affronter un grave danger. Je viens encore de voir la mort de près. Signe que l'on vieillit, quand le nombre de nos morts s'augmente (LÉAUTAUD, In memor., 1905, p.185).
[Avec un verbe constr. indirectement (ou un verbe à double construction)] Nous sommes trois pauv' conscrits, De l'an mil huit cent dix, Ils nous font tirer au sort, tirer au sort Pour nous conduire à la mort (MOSELLY, Terres lorr., 1907, p.105). Je vais à la mort comme on va à la messe (MONTHERL., Port-Royal, 1954, p.1004).
Hurler à la mort.
SYNT. Aspirer, échapper, s'exposer, se préparer, résister à la mort; condamner, mettre qqn à mort.
b) [Avec être et avoir, il forme des loc. exprimant un état]
[Avec être]
Vieilli. Être à la mort. V. être 2e section I B 2. [Avec ell. du verbe] Il crut Mariette à la mort (CHAMPFL., Avent. Mlle Mariette, 1853, p.98).
Être à l'article de la mort.
Être entre la vie et la mort. Être en grand danger de mourir. Je suis resté pendant six mois entre la vie et la mort, ne parlant pas, ou déraisonnant quand je parlais (BALZAC, Chabert, 1832, p.43). Dès le lendemain la fièvre puerpérale se déclara qui la maintint plus de huit jours entre la vie et la mort (GIDE, Robert, 1930, p.1336).
[Avec avoir]
Avoir la mort sur les lèvres, entre les dents. Être à la fin de sa vie, vivre ses derniers instants. Quand un individu ne se tient pas debout et qu'il a la mort sur les lèvres on dit: — Bon pour figurer à la morgue (VIRMAITRE, Dict. arg. fin-de-s., Suppl., 1899, p.104):
3. Les chrétiens qui d'eux-mêmes quittent tout pour suivre leur maître sont le petit nombre. La plupart ne sacrifient que ce qui déjà leur est arraché des mains et, pour faire le sacrifice de leur vie, attendent d'avoir la mort entre les dents.
MAURIAC, Journal III, 1940, p.283.
Avoir la mort sur le visage. La pauvre Marie Chaplin, à moitié dressée sur ses oreillers, avait la mort sur son visage (BOURGET, Tapin, Fille-mère, 1927, p.228).
c) [En fonction de suj.] Une mort très prompte vient d'enlever en huit jours cette femme d'esprit (VIGNY, Mém. inéd., 1863, p.176). Nous saurons enfin, tous, que la mort n'existe pas, que la mort est un cauchemar inventé par l'ignorance, et nous serons ensemble pour toujours (GREEN, Journal, 1935, p.47).
SYNT. La mort s'abat, s'accomplit, effraie, épouvante, étreint.
Jusqu'à ce que mort s'ensuive. V. ensuivre (s').
d) [Compl. d'un subst.] M. Necker était calme devant Dieu, calme aux approches de la mort (STAËL, Consid. Révol. fr., t.2, 1817, p.71). Les mystérieuses ténèbres de la mort (DUMAS père, Monte-Cristo, t.2, 1846, p.313):
4. J'ai compris, grâce à eux, que nous ne pouvons valoir quelque chose que par le sacrifice et l'oubli total de soi au profit de Dieu et de sa cause, et que le meilleur moyen d'arriver au mépris de la mort est l'offrande de la vie et de la mort.
BERNANOS, Lettres inéd., 1905, p.1729-1730.
SYNT. Acceptation, affres, antichambre, appréhension, approche, attente, attirance, connaissance, convulsions, crainte, hantise, horreur, majesté, mépris, obsession, peur, phobie, rayon, refus, souffle de la mort.
Camp de la mort. Camp d'internement où les Allemands exterminaient les ennemis du régime nazi. La liberté allemande se chante alors, au son d'orchestre de bagnards, dans les camps de la mort (CAMUS, Homme rév., 1951, p.229).
e) [Formant des loc.]
Loc. adv.
Jusqu'à la mort. Dévoué à son maître, à sa patrie, il les servit jusqu'à la mort. Il était sur un pic et combattait, quand il fut pris et fusillé (MICHELET, Chemins Europe, 1874, p.507). Ne t'ai-je pas aimé jusqu'à la mort moi-même (VERLAINE, Œuvres compl., t.1, Sagesse, 1881, p.236).
Entre nous, c'est à la vie (et) à la mort. Nous sommes liés par des sentiments tels que seule la mort pourra les détruire. Nous voulons rester amis et être libres, parce que c'est entre nous à la vie à la mort (MARTIN DU G., Thib., Cah. gr., 1922, p.633).
Condamnation, condamner à mort. Condamnation, condamner à la peine capitale. Il a passé une nuit entière à jouer à la belote avec un jeune homme condamné à mort (GREEN, Journal, 1946, p.22).
À mort. Mortellement, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Être blessé, malade à mort; combattre, lutter à mort. Il veut se battre à mort, au pistolet d'abord, à l'épée ensuite, jusqu'à ce que le combat finisse faute de combattants (PONSON DU TERR., Rocambole, t.5, 1859, p.44).
Loc. interj.
♦[Suivi gén. du nom de la/des personne(s) dont on souhaite la mort] Mort à...! à mort...! mort au(x) tyran(s) ! mort aux vaches! À mort! À mort! Lapidez-le! Déchirez-le! À mort! (SARTRE, Mouches, 1943, III, 6, p.107):
5. UN AUTRE: Cela crie vengeance au ciel; sortons, et allons égorger Alexandre. UN AUTRE: Oui, sortons; mort à Alexandre! C'est lui qui a tout ordonné.
MUSSET, Lorenzaccio, 1834, III, 7, p.209.
Vieilli. Par la mort. Célie: Supposons à présent que Montroger tombe dans le désespoir et ne se soumette pas! Armand: Mais, par la mort! de quel droit...? (SAND, Mlle Merquem, 1868, p.209).
Loc. adj.
De la mort (avec une valeur intensive). Qui voisine, qui affronte ou défie la mort. Saut, commando, mur de la mort. Un hussard de la mort (...) prit l'épée et tua le prisonnier (HUGO, Misér., t.1, 1862, p.410).
De mort. Qui concerne, qui est relatif à la mort. Cri, danger, engin, menace, verdict de mort. La sentence de mort étant prononcée, Lady Russel alla se jeter aux pieds de Charles II, en l'implorant au nom de Lord Southampton (STAËL, Consid. Révol. fr., t.2, 1817, p.380). Comme un homme en péril de mort à qui le nom de sa mère monte aux lèvres (GRACQ, Syrtes, 1951, p.191):
6. ... vous appelez cela une oeuvre régénératrice, un salutaire enseignement, une semence jetée sur la terre promise! Moi, j'ai vu une oeuvre de mort, un exemple d'impuissance et les derniers grains d'une semence précieuse jetés aux vents, sur les rochers, parmi les épines!
SAND, Lélia, 1839, p.432.
Arrêt de mort. Instinct de mort. Lit de mort. Peine de mort.
Silence de mort. Silence complet, comparable à celui de la mort. Christophe s'enfonce dans son petit lit et retient son souffle... Silence de mort (ROLLAND, J.-Chr., Aube, 1904, p.14).
Question, affaire de vie ou de mort. Question, affaire très importante, qui engage la vie de quelqu'un. En même temps, nous aurons à préparer le grand effort de natalité et de santé publique qui est pour la patrie une question de vie ou de mort (DE GAULLE, Mém. guerre, 1956, p.585).
Rare, dans une constr. attributive. C'est pourquoi le matin et le printemps sont de bonheur, pourquoi le crépuscule et l'automne sont de mort (LAFORGUE, Moral. légend., 1887, p.237).
f) Poét. [Souvent avec une majuscule]
[La mort, conçue comme une abstraction est personnalisée] Il y a des morts si soudaines de jeunes filles qu'elles ressemblent à des assassinats de la mort (GONCOURT, Journal, 1886, p.247). Ils ne veulent pas contempler la Mort!... Voyez-vous, mon cher, il n'y a que deux hommes, le prêtre et le médecin, qui passent leur existence à regarder la Mort en face (CUREL, Nouv. idole, 1899, II, 5, p.215):
7. Il en est qui jamais n'ont connu leur Idole,
Et ces sculpteurs damnés et marqués d'un affront,
Qui vont se martelant la poitrine et le front,
N'ont qu'un espoir, étrange et sombre Capitole!
C'est que la Mort, planant comme un soleil nouveau,
Fera s'épanouir les fleurs de leur cerveau!
BAUDEL., Fl. du Mal, 1857, p.225.
[La mort est représentée allégoriquement] Squelette drapé ou nu portant une faux. Il y a un évêque, un roi, et puis un diable, et la Mort avec une faux (RAMUZ, A. Pache, 1911, p.229):
8. Drapée en noir, la Mort
Cassant entre ses mains, le sort
Des gens méticuleux et réfléchis
Qui s'exténuent, en leurs logis,
Vainement, à faire fortune;
La Mort soudaine et importune
Les met en ordre dans leurs bières
Comme des fardes régulières.
VERHAEREN, Villes tentac., 1895, pp.189-190.
SYNT. Affronter, appeler, braver, défier, vaincre la Mort; la Mort s'abat, s'approche, fauche, frappe, moissonne; froid, pâle, triste comme la Mort.
3. BIOLOGIE
Mort (totale, absolue). ,,Arrêt complet et définitif des fonctions d'un organisme vivant, avec disparition de sa cohérence fonctionnelle et destruction progressive de ses unités tissulaires et cellulaires`` (Méd. Biol. t.2 1971). Une définition plus générale de la mort a été apportée par l'analyse des «comas dépassés». C'est la mort cérébrale qui constitue le signe absolu de la mort (Méd. Flamm. 1975). La maladie et la mort ne sont qu'une dislocation ou une perturbation de ce mécanisme qui règle l'arrivée des excitants vitaux au contact des éléments organiques (Cl. BERNARD, Introd. et méd. exp., 1865, p.120). On arrive à classer les causes de la mort en trois groupes: troubles ou obstacles mécaniques; lésions d'un organe important; infection ou intoxication générale (ROGER ds Nouv. Traité Méd. fasc. 1 1926, p.95).
Mort apparente.
Mort foetale. ,,Décès d'un produit de conception, lorsque ce décès est survenu avant l'expulsion ou l'extraction complète du corps de la mère, indépendamment de la durée de la gestation`` (Méd. Biol. t.2 1971).
Mort naturelle. Mort due à une cause interne (vieillissement, maladie):
9. À cinquante-six, commence la vieillesse la plus hâtive. Soixante-trois est la première époque de la mort naturelle. (Je me rappelle que vous blâmez cette expression: nous dirons donc mort nécessaire, mort amenée par les causes générales du déclin de la vie). Je veux dire que, si l'on meurt de vieillesse à quatre-vingt-quatre, à quatre-vingt-dix-huit, on meurt d'âge à soixante-trois: c'est la première époque où la vie finisse par les maladies de la décrépitude.
SENANCOUR, Obermann, t.2, 1840, p.13.
Mort violente (p. oppos. à mort naturelle). Mort due à une cause externe (accident, homicide, suicide ou exécution judiciaire). Le cuivre, à notre époque, il sert à fabriquer des douilles d'obus et de la mort violente en perspective (ARNOUX, Paris, 1939, p.166).
Mort subite. Mort brutale sans cause apparente. Geneviève lui conta, en quelques mots, l'histoire de la mort subite d'un parent (ZOLA, M. Férat, 1868, p.201).
Mort génétique. Élimination, dans une population, d'un gène létal par incapacité des individus porteurs d'avoir une descendance. Dans une population, la fréquence d'un gène défavorable tend toujours à rejoindre la valeur où le nombre de morts génétiques qu'il entraîne par génération équilibre le nombre de gènes nouveaux produits par mutation (L'HÉR. Génét. 1978). En radiobiologie, mort de la cellule sous l'effet d'une dose d'irradiation qui permet à la cellule de se diviser encore un petit nombre de fois en donnant des cellules non viables. Synon. mort mitotique (d'apr. Méd. Biol. t.2 1971).
Mort biologique. Destruction d'un écosystème. Le Rhin roule déjà des eaux à la limite de la mort biologique. Une poussée de chaleur et le poisson ne peut plus vivre (Le Sauvage, janv. 1974, p.12, col.3).
4. RELIG. [Considérée comme fruit du péché de l'Homme contre Dieu] Séparation de l'âme du corps, marquée par le passage du temps à l'éternité. Milton déclare qu'il chante la désobéissance de l'homme, et le fruit défendu qui fit entrer la mort dans le monde, etc. (CHATEAUBR., Martyrs, t.1, 1810, p.40). Saint Paul, qui annonce que «le dernier ennemi qui doit être détruit est la mort» (CAMUS, Homme rév., 1951, p.238).
Bonne mort, sainte mort. Mort du juste, en état de grâce. Sa sainte mort consommée au mois d'août de cette année (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t.3, 1848, p.277).
Mauvaise mort, mort de l'âme, mort éternelle. ,,État de ceux qui dans l'autre monde, se trouvent privés par leur faute de la vision béatifique de Dieu qui constitue la vie éternelle`` (Foi t.1 1968). Voilà des crimes qui, dans le système des catholiques, sont dignes de la mort éternelle (DUPUIS, Orig. cultes, 1796, p.547).
Péché de mort. Péché mortel. Que de fois, par exemple, passant dans les villages pour acheter les oeufs, la ferraille ou les oies, un paysan vous invite à sa table et vous offre du cochon: on accepte par bonhomie, et c'est un péché de mort! (THARAUD, Ombre de la Croix, 1917, p.39).
♦[P. allus. à Ézéchiel, 18, 23, 32] Ne pas vouloir la mort du pécheur. Être indulgent. N'essayez pas de crier. Pas de scandale. Je ne veux pas la mort de la pécheresse. Cela peut s'arranger (...). Sinon je me trouve engagé et je ne réponds de rien (ARNOU., Rêv. policier amat., 1945, p.291).
Mort au monde. Renoncement aux fastes du monde pour se consacrer à Dieu. P. anal. Ce concert finissait mon séjour à Paris, c'était le glas de ma mort au monde (E. DE GUÉRIN, Journal, 1840, p.368).
B. P. hyperb. Altération de la vie.
1. Diminution de la force, de l'activité, des pouvoirs.
a) [Chez une pers., physiquement ou mentalement] Ces morts successives, si redoutées du moi qu'elles devaient anéantir, si indifférentes, si douces une fois accomplies et quand celui qui les craignait n'était plus là pour les sentir, m'avaient fait depuis quelque temps comprendre combien il serait peu sage de m'effrayer de la mort (PROUST, Temps retr., 1922, p.1038):
10. L'habitude d'un long silence l'avait rendue muette; l'ombre de sa demeure, la vue continuelle des mêmes objets, avaient éteint ses regards et donné à ses yeux une limpidité d'eau de source. C'était un renoncement absolu, une lente mort physique et morale, qui avait fait peu à peu de l'amoureuse détraquée une matrone grave.
ZOLA, Fortune Rougon, 1871, p.134.
Mort civile.
♦[P. réf. à la déchéance progressive apportée par la drogue] Mort lente. Drogue. La C.i.a., elle-même, récemment réorganisée, a reçu du président Nixon la tâche de s'occuper aussi du trafic de la drogue. Aux marchands de mort lente, les Américains ont déclaré la guerre totale. Des deux côtés de la barricade, les Français, truands ou policiers, sont en première ligne (L'Express, 7 mai 1973, p.93, col.3).
Mort professionnelle. Cessation d'activité professionnelle, chômage. L'obsession de la mort professionnelle n'a pas quitté les commerçants (L'Express, 1er déc. 1969, p.67, col.1).
Mort sociale. Isolement, solitude sociale. Faut-il parler aussi de ce que les sociologues appellent la «mort sociale»? On n'a plus d'amis. Parce qu'on ne saurait pas quand les voir, ni surtout quoi leur dire d'autre que ce leitmotiv: ,,Je ne veux plus faire les nuits, je veux mes dimanches, je voudrais vivre comme vous...`` (Le Sauvage, juin 1973, p.17, col.1).
Fam., p. méton. Attraper la mort. Prendre un refroidissement. C'est dégoûtant, ce bois!... il y a une humidité!... il n'en faut pas davantage pour attraper la mort! (GYP, Gde vie, 1891, p.78).
b) [En parlant d'une chose, dans des emplois souvent métaph.]
[Une communauté humaine (un continent, un pays, une ville)] Il me parle de la mort de ce pays [Haïti] depuis l'abandon des Français, me signale les ruines des édifices, des routes, de tout (GONCOURT, Journal, 1894, p.651).
[Une culture ou l'expression de cette culture] Cette année 98, qui est celle de ma naissance, vit commencer la langueur, la mort de la presse, la ruine de l'imprimerie, anéantie sous Napoléon (MICHELET, Journal, 1846, p.657). C'est par là que la guerre actuelle a pour enjeu la vie ou la mort de la civilisation occidentale (DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p.570):
11. Quand je parlai de la mort des Cathédrales, je craignis que la France fût transformée en une grève où de géantes conques ciselées sembleraient échouées, vidées de la vie qui les habita et n'apportant même plus à l'oreille qui se pencherait sur elle la vague rumeur d'autrefois, simples pièces de musée, glacées elles-mêmes.
PROUST, Past. et mél., 1919, p.198.
2. Sensation intense.
Petite mort. Frisson nerveux, orgasme. Jusqu'au jour durait la mêlée de ces deux corps fondus dans une longue caresse: la petite mort de la volupté apportant au visage de Juliette une transfiguration extatique (E. DE GONCOURT, Faustin, 1882, p.216).
À mort. Extrêmement, au plus haut degré. Il s'enivre à mort, deux fois par mois, avec exactitude (DUHAMEL, Journal Salav., 1927, p.62). Des hommes exploitaient à mort d'autres hommes! (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p.297).
Se brouiller, se fâcher à mort. Se brouiller, se fâcher sans espoir de réconciliation. Les Lorilleux s'étaient brouillés à mort avec Gervaise (ZOLA, Assommoir, 1877, p.498).
À la mort. Même sens. Je suis fatigué à la mort (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p.386). Je suis triste à la mort. Je voudrais te voir (E. DE GUÉRIN, Journal, 1839, p.283). Lorsqu'un infortuné est dévoué à la mort (MUSSET, Mouche, 1854, p.265).
3. Malheur, grande affliction.
Avoir la mort dans l'âme, dans le coeur. Être très affligé; faire quelque chose contre son gré, à son corps défendant. On fut contraint d'aller au bal, la mort dans le coeur, pleurant intérieurement ses parents ou ses amis (CHATEAUBR., Mém., t.2, 1848, p.468). Elle avait la mort dans l'âme (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.86).
Souffrir mille morts. Subir une épreuve très pénible, éprouver de vives souffrances. Mais, madame, vous allez souffrir mille morts, si c'est vrai! (PONSON DU TERR., Rocambole, t.2, 1859, p.392).
Souffrir, suer mort et passion. Endurer de cruelles épreuves. Puisque la lettre ne nous semble insuffisante qu'en la lisant, mais que nous suons mort et passion tant qu'elle n'arrive pas, et qu'elle suffit à calmer notre angoisse (PROUST, Fugit., 1922, p.454).
Être la mort de qqn. Faire le malheur de quelqu'un. Pour un noble au quinzième siècle, c'était déjà la mort que de jouer le rôle d'un bourgeois sans sou ni maille, et de renoncer aux privilèges du rang (BALZAC, Me Cornélius, 1831, p.224). La captivité de Charles en Sibérie fut, pour cette femme aimante, la mort tous les jours (BALZAC, Modeste Mignon, 1844, p.26).
Prononc. et Orth.:[]. Homon. maure, mors, formes de mordre. Pas de liaison au sing. Affecté et vieilli, ds LITTRÉ: il a souffert mort et passion [-]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. 881 «cessation définitive de la vie» (Ste Eulalie, 28, éd. HENRY Chrestomathie, p.3: Qued auuisset de nos Christus mercit Post la mort); fin Xe s. aler a la mort (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 156); début XIIe s. (BENEDEIT, St Brendan, éd. E. G. Waters, 348: la mort le prent [mortis nexibus occupatus]); 1160-74 ne por vie ne por mort «même au péril de la vie, en aucune circonstance» (WACE, Rou, éd. J. Holden, II, 292); ca 1170 u a mort u a vie «en toute circonstance, toujours» (Rois, II, XV, 22, éd. E. R. Curtius, p.86); ca 1200 suffrir la mort [en parlant du Christ] (Chanson de Guillaume, éd. McMillan, 312); 1214-27 estre a la mort (Perceval, 3e continuation par Manessier 38060 ds T.-L.); 1283 dr. mort d'homme (BEAUMANOIR, Beauvaisis, éd. A. Salmon, § 1699) — Locutions a) loc. adv. ) ca 1100 a mort (Roland, éd. J. Bédier, 1952 a mort est ferut; 1965: il est a mort nasfret); ) ca 1260 desirer a mort (Récits d'un ménestrel de Reims, 202 ds T.-L.); fin XIIIe s. heer a mort (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, éd. L. Constans, 12203, var. ms. K); b) loc. interj. ) fin XIIIe s. Par la mort Dieu (CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, éd. A. Hilka, 1398, var. ms. M), v. aussi morbleu; ) ca 1260 A la mort, a la mort! (Récits d'un ménestrel de Reims, 221 ds T.-L.); c) imprécation ca 1200 que male mort ocie! (Chevalier au cygne, 76, ibid.); 2. La Mort personnifiée, évoquée avec ses attributs ca 1165 (BENOÎT DE STE-MAURE, op. cit., 23006: Ha! chäeles, Mort, ne targier!); 1197 (HÉLINANT, Vers de la mort, I, 4 ds T.-L.: Morz, ... Tu lieves sor toz ta maçüe); 1226-30 (GUILLAUME LE CLERC, Besant de Dieu, éd. P. Ruelle, 204: La mort a sa pierre en sa fronde Tut aprestee por lancier); 3. la peine capitale XIVes. jugiez a mort [en parlant du Christ] (CHRÉTIEN DE TROYES, op. cit., 583, var. ms. S); 1559 criminel de mort (AMYOT, Hommes illustres, Antoine, 93, éd. Gérard Walter, t.2, p.936); 1606 condamner à la mort, condamné à mort (NICOT). II. A. Séparation, mise à l'écart 1. ca 1190 relig. «séparation définitive d'avec Dieu, mort spirituelle, damnation» (Renart, éd. M. Roques, 8674: Diex ne viaut mort de pecator); ca 1223 seconde mort «id.» [secunda mors, Apoc., II, 11; XX, 6; cf. Dan., XII, 2] (GAUTIER DE COINCI, Ste Christine, 3409 ds T.-L. [opposée à la premiere mort consistant dans la séparation de l'âme et du corps ca 1275 (Vie de Ste Marthe, éd. P. Meyer ds Not. et Extr. des mss de la Bibl. nat., t.35, 2, p.503]); 2. ca 1600 relig. «séparation d'avec l'Église» mort spirituelle (D'AUBIGNÉ, Confession du sieur de Sancy ds Œuvres, éd. H. Weber, II, VI, p.646: Bèze est mort de mort civile: à sçavoir par bannissement, et de mort spirituelle ... à sçavoir par l'excommunication); 3. ca 1600 dr. mort civile (D'AUBIGNÉ, loc. cit.); 4. av. 1719 terme de spiritualité la mort au monde (MAINTENON, Lettre à Mme de Glapion, t.3, p.194 ds LITTRÉ). B. Difficulté, ruine 1. ca 1223 «peine, difficulté» a grant mort (GAUTIER DE COINCI, Miracles, éd. F. Koenig, II Ch. 9, 3075); ca 1250 a grant paine et a male mort (DOUIN DE LAVESNE, Trubert, éd. G. Raynaud de Lage, 585); mil. XVe s. «peine, mal, souffrance» mourir de mille mors (ALAIN CHARTIER, Belle Dame sans merci, éd. A. Piaget, 143); 2. 1572 méd. petite mort «syncope» (PARÉ, Œuvres, éd. J. Malgaigne, t.1, p.450a); 3. 1670 «déclin, ruine» (BOSSUET, O. f. Henriette d'Angleterre, éd. Y. Champailler, Œuvres, p.84: la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines). Du lat. mors, mortis «mort, peine de mort [morte multare]», désignant la personnification de la Mort; fig. «déficience, ruine, perte [mors memoriae]»; dans la lang. philos. et relig. désigne la vie terrestre (CIC., Tusc., 1, 75, TLL s.v., 1505, 84: haec vita mors est et ID., Scaur., 4, ibid., 1505, 79: hanc esse mortem quam nos vitam putaremus); dans la lang. chrét. «mort spirituelle (par le péché), mort spirituelle définitive», cf. supra seconde mort. Fréq. abs. littér.:342. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 308, b) 650; XXe s.: a) 565, b) 502. Bbg. BONAN GARRIGUES (M.), ÉLIE (G.). Essai d'analyse sém. Cah. Lexicol. 1971, n° 19, pp.83-88. — BOUVEROT (D.). Mort ds les textes littér. du 19e et 20e s. dépouillés pour le TLF. In: La Mort en toutes lettres. Nancy, 1983, pp.285-289. — BRAULT (G.S.). Le Thème de la mort ds la Chanson de Roland. Société Rencesvals. 4e Congrès Internat. 1967. Heidelberg, 1969, pp.220-237. — LE GENTIL (P.). Réflexions sur le thème de la mort ds les chansons de geste. In: [Mél. Lejeune (R.)]. Gembloux, 1969, pp.801-809. — MARTINEAU-GÉNIEYS (G.). Le Thème de la mort ds la poésie fr. de 1450 à 1550. Paris, 1977, 656 p. — QUEM. DDL t.19.
II.
⇒MORT2, MORTE, part. passé, adj. et subst.
I.— Part. passé de mourir.
II.— Emploi adj.
A.— [En parlant d'un organisme du règne animal ou végétal]
1. Qui a cessé de vivre.
a) [En parlant d'un être humain]
[L'adj. n'est pas circonstancié] Elle gémissait : — Je suis malheureuse, je voudrais être morte (ROLLAND, J.-Chr., Buisson ard., 1911, p. 1384) :
1. C'est avec une dureté presque triomphale qu'il répétait sur un ton uniforme, légèrement bégayant et aux sourdes résonances sépulcrales : « Hannibal de Bréauté, mort! Antoine de Moucchy, mort! Charles Swann, mort! Adalbert de Montmorency, mort! Boson de Talleyrand, mort! Sosthène de Doudeauville, mort! » et chaque fois, ce mot « mort » semblait tomber sur ces défunts comme une pelletée de terre plus lourde, lancée par un fossoyeur qui tenait à les river plus profondément à la tombe.
PROUST, Temps retr., 1922, p. 862.
Corps mort.
Mort ou vif. Vous serez [dit l'escamoteur à Eustache] ramassé et hissé (...) à la demi-croix, haut et court, mort ou vif, comme l'ordonnance le porte (NERVAL, Nouv. et fantais., 1855, p. 217).
Capturer, prendre qqn mort ou vif. L'inspecteur est en train de poster des hommes armés, pour le prendre mort ou vif (GIRAUDOUX, Intermezzo, 1933, II, 3, p. 121).
Laisser, prendre, tenir qqn pour mort. J'ai été laissé pour mort par des voleurs (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Peur, 1882, p. 798). Nous nous tenions déjà pour morts (RENAN, Drames philos., Prêtre Nemi, 1885, II, 3, p. 554).
♦ [Pour souligner péremptoirement un ordre ou un avertissement d'une menace de mort] Tompson : (...) Postillon, au galop. Mawbray, le menaçant : Si tu fais un pas, tu es mort! (DUMAS père, Darlington, 1832, III, 2, p. 123). Barrez-vous, ou vous êtes morts! balbutia le gosse (...) devinant confusément que le mot mort n'a pas tout à fait le même sens que le mot end à la fin d'un film (H. BAZIN, Lui, 1950, p. 17).
Proverbe. Morte la bête, mort le venin! Un méchant, un importun, mort, ne peut plus nuire, ne peut plus indisposer. Et il les rejetterait, ces endroits, mais le plaisir de les rejeter serait comme s'il les remangeait. Et, passant en vue du fourré où il avait donné son premier baiser à Solange, il penserait : « Morte la bête, mort le venin » (MONTHERL., Lépreuses, 1939, p. 1513).
♦ [P. allus. à la phrase de Plutarque (Des Oracles, 17) censée annoncer la fin de l'ère des dieux païens : « Le grand Pan est mort »] :
2. Beaucoup de ces dieux ont péri
C'est sur eux que pleurent les saules
Le grand Pan l'amour Jésus-Christ
Sont bien morts et les chats miaulent
Dans la cour je pleure à Paris.
APOLL., Alcools, 1913, p. 50.
[L'adj. est précisé par des notations]
♦ [de durée] Son père mort il y avait alors dix ans (BAUDEL., Paradis artif., 1860, p. 404). Il était mort. Mort à jamais? Qui peut le dire? (PROUST, Prisonn., 1922, p. 187).
♦ [d'espace (par un compl. lié au verbe régissant l'adj.)] On l'avait cru mort à l'hôpital, m'a-t-il dit (LATOUCHE, L'HÉRITIER, Lettres amans, 1821, p. 154). Le curé fut trouvé mort dans son lit, le lendemain (BALZAC, Peau chagr., 1831, p. 56).
♦ [de circonstances] Denise fut retrouvée morte, avec ses deux enfants, par les pionniers, dans les débris de la caverne (LAMART., Tailleur pierre, 1851, p. 547).
Tomber mort. L'héritier (...) vide la coupe où l'ange a trempé son épée, et tombe mort (BÉGUIN, Âme romant., 1939, p. 263).
Raide mort. Je ne te dis rien de Brescia (...). On y assassine un homme raide mort pour deux ducats ou environ 8 francs de France (STENDHAL, Corresp., t. 1, 1801, pp. 14-15) :
3. Et voilà que soudain, dans cette course éperdue, mon aïeul heurta du front une branche énorme qui lui fendit le crâne; et il tomba raide mort sur le sol, tandis que son cheval affolé s'emportait, disparaissait dans l'ombre enveloppant les bois.
MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Loup, 1882, p. 1244.
Adv. + mort. Orsini : Il était bien mort? Laudry : Bien mort (DUMAS père, Tour Nesle, 1832, I, tabl. 2, 6, p. 24) :
4. Elles dormaient, enlacées comme des initiales, et même si curieusement que les membres de l'une semblaient appartenir à l'autre... En face de ces corps blancs épars sur le drap, Jacques devint stupide comme Perrette devant son lait répandu. Fallait-il tuer? C'eût été fort ridicule, et, en outre, un pléonasme. Il semblait impossible de faire ces mortes plus mortes.
COCTEAU, Gd écart, 1923, p. 64.
b) [P. méton.; en parlant d'une partie du corps (gén. un membre)] Inerte, sans vie, sans expression. Ces larmes qui coulaient une à une sur ce visage mort dont pas une ride ne bougeait, cette face inerte et blafarde qui ne pouvait pleurer par tous ses traits et où les yeux seuls sanglotaient (ZOLA, Th. Raquin, 1867, p. 181). Elle détacha l'être aussi facilement qu'une peau morte (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 466).
c) [En parlant d'un animal, d'un végétal (ou d'une partie de celui-ci)] Qui ne possède plus de vie. Feuillage mort; branche, feuille morte. Blazius, le Tyran et Léandre, éparpillés dans le taillis, ramassaient du bois mort (GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 159). La petite princesse était fort triste aussi; elle tenait à la main un oiseau mort, et contemplait une cage vide avec des yeux pleins de larmes (LOTI, Mariage, 1882, p. 138). Au Trocadéro, regardé des hommes en train d'abattre un arbre mort (GREEN, Journal, 1931, p. 59).
♦ [P. méton.] Forêt morte. Ils remuaient d'un air résigné la boue de cette terre morte, privée de semence (A. DAUDET, R. Helmont, 1874, p. 146).
2. Qui semble, sous certains aspects, avoir perdu la vie.
a) Qui ne manifeste aucun des caractères qui sont propres à la vie (mouvement, sensibilité, chaleur, couleur). Elle resta morte, sans une parole, sans un mouvement (ZOLA, Fécondité, 1899, p. 419).
Rare, avec une valeur adv. [Le comédien] a inventé ce mot stupide et stoïque : « On joue mort, mais on joue » (COLETTE, Jumelle, 1938, p. 161).
[P. méton.]
♦ [En parlant d'une partie du corps (gén. un membre)]
Sans tonus, relâché. Il continuait de feindre l'évanouissement, les paupières closes, les jambes et les bras morts (ZOLA, Terre, 1887, p. 398).
Main morte. Main ballante, molle. Assouplissements pour le petit détaché : Mouvements de pronation et supination avec la « main morte » (LALLEMENT, Dyn. instrum. archet, 1925, p. 102).
Au fig. Ne pas y aller de main morte. Agir, parler sans ménagement, sans douceur. Dubois : Et le poignard de notre conspirateur (...). Peste! monseigneur, ce gaillard-là n'y va pas de main morte! (DUMAS père, Fille du régent, 1846, III, 6, p. 223).
Insensible, engourdi. Gisèle a des engourdissements des doigts qui vont jusqu'au phénomène du doigt mort (JANET, Obsess. et psychasth., 1903, p. 422) :
5. Les jambes seulement étaient immobiles. Les ténèbres le tenaient par là. Les pieds étaient morts et froids, et la tête vivait de toute la puissance de la vie et paraissait en pleine lumière.
HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 52.
♦ [En parlant d'un sentiment ou du siège d'un sentiment] Il me semblait que j'avais, comme René, le cœur mort avant d'avoir vécu (SAND, Hist. vie, t. 3, 1855, p. 352). Et sur notre amour mort et bien enseveli Nous allons, si tu veux, chanter le dernier psaume (MURGER, Nuits hiver, 1861, p. 24). Sa foi était morte à jamais (...). Il niait tout (ZOLA, Paris, t. 1, 1897, p. 6).
Tout est mort entre nous. Les sentiments qui nous unissaient n'existent plus. Ah! tout est bien mort entre nous, rien ne nous est plus commun, des mondes nous séparent (ZOLA, Paris, t. 1, 1897p. 4).
♦ [En parlant d'un caractère, d'un aspect physique] Qui dénote une absence de sentiment, un vide de sensibilité. Elle le regarda d'un œil fixe et mort (BALZAC, Adieu, 1830, p. 29). Clara seule lâcha un mot cru à l'oreille de Mlle de Fontenailles, qui demeura blême, le visage mort (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 674).
b) Qui est privé pour des raisons intérieures ou extérieures (la fatigue, la maladie, la peur, etc.) d'une partie importante de ses moyens; fam. être à bout de forces. Miller : (...) Là, sous la porte de la maison, il y a un drôle qui guette. Madame Miller : Je suis morte! (DUMAS père, Intrigue et amour, 1847, II, 1, p. 232). Je suis las, je suis mort, laisse-moi dormir! (HUGO, Contempl., t. 2, 1856, p. 228).
Arg. et vx. Être mort dans le dos. Être transi de froid, à demi mort. Il est mort dans le dos le papa, dit à son tour Thérèse (VIDOCQ, Mém., t. 2, 1828-29, p. 104).
Être (un homme) mort. Être (un homme) en danger de mort. Je suis un homme perdu, un homme mort, si vous ne m'aidez à passer la frontière (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, En voy., 1882, p. 639).
Être ivre mort(e). Être ivre au point d'en avoir perdu tout sentiment. La femme ivre morte et son enfant de six ans assis à côté, qui attend qu'elle se réveille (MICHELET, Journal, 1834, p. 136). Crochu est ivre mort, difficile à traîner (GIDE, Souv. Cours d'ass., 1913, p. 657).
[Précédé d'un intensif] Être absolument, bien, complètement mort. Tu m'as vu mourant presque, Ou plutôt presque mort (VERLAINE, Poèmes divers, Féroce, 1896, p. 794).
Être plus mort que vif. Vallombreuse disparut et revint bientôt avec Isabelle plus morte que vive (GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 485).
Être à demi, à moitié mort; mort à demi, à moitié (littér.). J'étais mort à moitié en me mettant en voiture (BALZAC, Corresp., 1836, p. 110). Il me conduisit, à demi mort, dans une sorte de hangar énorme (GIDE, Si le grain, 1924, p. 557).
[Le compl. de cause est exprimé] Être mort de faim, de fatigue, de peur, de soif. Si elle m'avait poursuivi, je serais mort de terreur (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Peur, 1884, p. 963). Une existence de bête de somme menée à coups de fouet, morte de sommeil (ZOLA, Terre, 1887, p. 142).
c) Qui n'existe plus aux yeux de certaines personnes ou pour certaines choses. Nous sommes finis, mon vieux, nous sommes morts et enterrés. La jeunesse n'a qu'un temps! (MURGER, Scènes vie boh., 1851, p. 304). Je dois ajouter qu'il [M. Champfleury] est mort littérairement, car depuis longtemps il n'a plus fait paraître un roman (ZOLA, Romanc. natur., Crit. contemp., 1881, p. 274).
Qqn est mort en/pour qqn. Quelqu'un n'existe plus, n'a plus d'intérêt pour quelqu'un. Je saurai bien m'arranger ensuite pour qu'il soit mort pour Mlle Stangerson, même s'il reste vivant (G. LEROUX, Mystère ch. jaune, 1907, p. 106). Combien Solange était morte en lui, Adèle en eut l'évidence dans le sourire cordial avec lequel il marcha vers elle en tendant les deux mains (BOURGET, Tapin, Enf. morte, 1928, p. 76).
Qqn est mort à qqc. Quelqu'un est insensible, indifférent à quelque chose. Le plus souvent tes yeux étaient à demi fermés et tu semblais mort à toutes les impressions extérieures (SAND, Lélia, 1833, p. 319). [Madame Claës, à son mari :] — (...) La vie du cœur, comme la vie physique, a ses actions. Depuis six ans, tu as été mort à l'amour, à la famille, à tout ce qui faisait notre bonheur (BALZAC, Rech. absolu, 1834, p. 230) :
6. Mon âme vit dans un cercueil. Oh! Oui, enterrée, ensevelie en toi, mon ami; de même que je vivais en ta vie, je suis morte en ta mort. Morte à tout bonheur, à toute espérance ici-bas.
E. DE GUÉRIN, Journal, 1839, p. 281.
B.— P. anal. [En parlant d'un chose]
1. Qui n'est pas vivant. Quand je verrai Picard, je lui dirai : « La lune est un astre mort » (RENARD, Journal, 1908, p. 1202).
Cheptel mort. Nature morte.
2. Qui n'est plus vivant.
a) [En parlant d'une communauté, d'une activité humaine] Qui a perdu sa vigueur, son dynamisme.
Sans présence, sans activité humaine. Commerce, pays mort; cité, maison, ville morte. Au village mort où il allait chercher de l'eau Jaume a trouvé un peigne de femme (GIONO, Colline, 1929, p. 124). Anne hésita. Était-elle sûre, tout à l'heure, de trouver un taxi, dans ce quartier mort? (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 107).
Morte saison. Époque où, pour certaines professions, l'activité se ralentit. Au moment où toute la classe riche est à la campagne, et dans la saison que les libraires appellent morte (STENDHAL, Corresp., t. 2, 1825, p. 384). V. morte-saison.
[En parlant d'une culture, d'une civilisation] Les beaux témoignages de civilisations mortes (LAMART., Voy. Orient, t. 1, 1835, p. 377). Il était, lui, ce citoyen, ce Romain. Il sentait en lui l'âme des républiques mortes (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1948, p. 16).
[En parlant d'un courant de pensée, d'une expression culturelle] La sociologie de Durkheim est morte (SARTRE, Sit. I, 1947, p. 186). La jeunesse russe verse alors [dans les années 40] dans ces pensées abstraites la force passionnelle démesurée qui est la sienne et vit authentiquement ces idées mortes [de Hegel] (CAMUS, Homme rév., 1951, p. 189).
♦ [Avec une valeur intensive] Mort et enterré. Depuis que la foi est morte et enterrée (BLOY, Journal, 1903, p. 149).
P. métaph. À la Mazarine, j'ai sous les yeux (...) cette multitude de livres morts et qu'on ne lit plus, vrai cimetière qui nous attend (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t. 11, 1858, p. 515).
Langue morte.
b) ARTS. Qui manque de vie, d'animation, de vivacité, d'éclat. Cette figure, ce portrait n'a point de vie; son regard est mort (JOSSIER 1881) :
7. Je craignais que Carmen ne fût étouffée par la figuration. Mais rien ne prévalut contre le plaisir d'entendre cette musique qui m'est si chère, jouée enfin avec amour et respect. Même les parties mortes (le rôle de Micaëla) renaissaient.
MAURIAC, Nouv. Bloc-Notes, 1961, p. 264.
c) [En parlant d'un ton, d'une lumière] Terne, dont l'éclat est altéré. Une chaise longue, garnie d'une soie ancienne d'un rose mort et glacé d'argent (BOURGET, 2e amour, 1884, p. 176). [Djénane :] Les nôtres [les robes des jeunes Turques] furent roses, vertes, jaunes : teintes qui sont devenues mortes comme celles des fleurs que l'on conserve entre les feuillets d'un livre (LOTI, Désench., 1906, p. 193). Les autres petites filles étaient vêtues de soie brillante, de dentelles; nous portions des robes de lainage, aux couleurs mortes (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 50).
♦ [P. méton.] Ce paysage de désolation, éclairé par les rayons crépusculaires d'un soleil mort, enfoui sous une couche de pesants nuages (HUYSMANS, Art mod., 1883, p. 267).
3. Qui n'est pas/plus en mouvement.
[En parlant d'un élément naturel]
♦ [En parlant de l'eau]
Eau morte. Eau dormante, stagnante. Je me retrouvai suffoquant à demi noyé dans l'eau morte du marécage (MAURRAS, Chemin Paradis, 1894, p. 88).
Morte eau. Époque à laquelle les marées sont de moindre amplitude. Il y eut un moment où l'histoire de l'Europe parut étale comme la mer en temps de morte eau (NIZAN, Conspiration, 1938, p. 52). V. morte-eau.
Eaux mortes. Eaux qui enveloppent et semblent accompagner l'arrière d'un navire en mouvement (d'apr. BONN.-PARIS 1859).
Mer morte. Mer étale. La mer, absolument morte, nous retint au large jusqu'à la nuit tombante (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 168).
♦ [En parlant de l'air] Lourd, accablant. Atmosphère, chaleur morte. Le bec de gaz sifflait, dans l'air mort et brûlant de la petite pièce (ZOLA, Bonh. dames, 1883, p. 413).
[En parlant d'un objet] Balle morte; corps(-)mort.
SPORTS. Ballon mort, balle morte. Ballon, balle arrêtée. Les pelotes sont vives ou mortes suivant la vitesse avec laquelle elles sont renvoyées par le mur (Sports Mod. Illustr., 1906 ds PETIOT 1982).
4. Qui n'est plus en activité. Volcan mort. Une seule fois un nommé Grivel vint chercher une braise dans un sabot, parce qu'en rentrant chez lui, il avait trouvé son feu mort (POURRAT, Gaspard, 1925, p. 199) :
8. ... au clair de la lune, Arlequin dont la chandelle était morte suppliait son ami Pierrot de tirer les verrous pour la lui rallumer...
BERTRAND, Gaspard, 1841, p. 84.
5. Qui est arrêté, qui ne fonctionne plus; inactif, inefficace. Angle, argent, bras, poids, temps mort; mémoire morte. Ce misérable cheval qui souffrait tant, et dont le râle sans fin, maintenant que la machine était morte, restait comme la lamentation dernière de la catastrophe (ZOLA, Bête hum., 1890, p. 231). Quand la Kommandantur leur a prescrit de régler leurs montres sur l'heure allemande, ils [les prisonniers] se sont empressés d'obéir, même ceux qui, depuis le mois de juin, portaient en signe de deuil des montres mortes à leur poignet (SARTRE, Mort ds âme, 1949, p. 254).
Fam. et pop. Hors d'usage, hors service (H. S.). Batterie, pile morte; pneus morts. Mes pompes sont mortes (CAR. Argot 1977) :
9. Le cellérier avait la manie de ne rien jeter et il déposait dans ce capharnaüm tous les engins hors d'usage, tous les ustensiles brisés. Il y avait des literies malades et des arrosoirs qui avaient perdu leurs pommes et qui fuyaient par le bas, des bidons de pétrole crevés et des lampes mortes; il y avait des tables sans pieds, des tabourets cassés, des marmites infidèles; il y avait même des statues décapitées de saints, le tout enchevêtré, pêle-mêle, sous une couche de poussière traversée par des caravanes de rats.
HUYSMANS, Oblat, t. 2, 1903, p. 262.
6. Qui n'existe plus, qui appartient au passé. Ils laissaient peu à peu leurs paroles retourner au passé et toucher çà et là à ce qui réchauffe les années mortes (GONCOURT, Man. Salomon, 1867, p. 39). Et, dans ce besoin de recommencer, il n'y avait pas seulement pour lui, le regret des premiers bonheurs, l'inestimable prix des heures mortes, auxquelles le souvenir prête son charme (ZOLA, Dr Pascal, 1893, p. 155) :
10. Soit donc : j'évoquerai, ma chère, pour vous plaire,
Ce morne amour qui fut, hélas! notre chimère,
Regrets sans fin, ennuis profonds, poignants remords,
Et toute la tristesse atroce des jours morts...
VERLAINE, Jadis, 1884, p. 216.
Fam. et pop.
C'est mort! C'est terminé, c'est du passé! — Et vous retournez pour faire du demi-fond? — Non, c'est mort. Nous n'avons pas pu nous entendre avec Chapman (La Pédale, 29 mars 1928, p. 16, col. 3).
♦ [Pour dire d'une chose (une journée, une bouteille, etc.) qu'elle est terminée] Elle est morte! On verra demain; pour aujourd'hui, elle est morte! (CAR. Argot 1977).
III.— Emploi subst.
A.— Subst. masc. et fém.
1. [Le mort est considéré à un moment ponctuel]
a) [Avec un déterm. indéf. ou avec un adj. numéral] Personne qui a cessé de vivre. Synon. tué, victime. La Tunisie soumise à l'état de siège est, à l'heure actuelle, le théâtre d'événements graves se soldant par des morts et des blessés (Combat, 19-20 janv. 1952, p. 5, col. 4). Si l'on excepte l'incident qui s'est produit ce matin, faisant un mort et plusieurs blessés, aux abords du tribunal militaire où des manifestants se sont heurtés aux forces de police, le calme règne, en fait dans la Régence (Le Figaro, 19-20 janv. 1952, p. 7, col. 5).
b) Corps d'une personne décédée. Synon. corps, dépouille, cadavre, défunt, macchabée (fam.). Allons, ma petite, cousez le mort dans son linceul (BALZAC, Cous. Pons, 1847, p. 277). Par delà le corridor obscur, ses regards plongèrent dans la chambre de la morte. Elle n'apercevait pas tous les détails, mais seulement un ensemble, tragique. Le lit était placé face à l'entrée. On achevait d'habiller le cadavre (DANIEL-ROPS, Mort, 1934, p. 206). Ce soir, dit-elle, j'irai veiller votre morte, ma petite Mouchette (BERNANOS, Mouchette, 1937, p. 1329) :
11. Du Mont-Royal, s'allongeant jusqu'au-dessus de Saint-Henri, elle ne connaissait que l'oratoire Saint-Joseph et le cimetière où les gens d'en bas vont comme ceux d'en haut mettre leurs morts en terre.
ROY, Bonheur occas., 1945, p. 266.
SYNT. Brûler, embaumer, ensevelir, enterrer, incinérer, reconnaître, ressusciter un mort; cendres, os, ossements, poussières d'un mort; la tombe, le sépulcre, le tombeau d'un mort; un mort affreux, âgé, étendu, raidi.
Locutions
Médecin des morts. Médecin légiste. Elle avait dressé une liste des choses à faire dans la matinée (...). Il lut : 1) faire la déclaration à la mairie; 2) demander le médecin des morts; 3) commander le cercueil; 4) passer à l'église; 5) aux pompes funèbres (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, En fam., 1881, p. 357).
Tête de mort. Tête humaine décharnée. Sur son prie-Dieu il y avait une tête de mort avec laquelle elle conversait tout bas (QUINET, All. et Ital., 1836, p. 212).
Idéogramme qui symbolise la mort ou avertit d'un danger de mort. Dormir? J'observe ce sinistre jeu de l'oie Où il faut retourner à la tête de mort (COCTEAU, Poèmes, 1916-23, p. 264). Sur son avion, une tête de mort est peinte et rit du même rire (MAURIAC, Cah. noir, 1943, p. 376).
♦ [Avec une valeur intensive; en parlant d'un bruit, d'un alcool, d'un plat] À réveiller un/les mort(s). Très fort. D'ardentes effluves à réveiller les morts (FLAUB., 1re Éduc. sent., 1845, p. 122). Les femmes poussaient des cris à réveiller les morts (A. FRANCE, Pt Pierre, 1918, p. 147).
Faire le/la mort(e)
Rester immobile, respiration bloquée, en contrefaisant une personne morte. La jeune fille, les yeux fermés, faisait la morte (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Yvette, 1884, p. 554).
Ne pas se manifester, ne donner aucun signe de vie. En attendant, Clodius continuait à faire le mort (BOSCO, Mas Théot., 1945, p. 73).
Être pâle comme un mort. Être très pâle (comme un linge, comme la mort). Le duc : Tu es pâle comme un mort (DUMAS père, Lorenzino, 1842, v, 1, p. 271).
Proverbes
♦ [P. allus. à la Parole du Christ (Luc IV 59-60)] Il faut laisser les morts enterrer les morts. Il faut sacrifier ce qui n'est plus, ce qui n'a plus d'importance, au profit de ce qui est, de ce qui importe. La vie est si courte qu'il ne faut pas l'abréger encore par des querelles stériles et des poursuites vaines. Laissons les morts ensevelir leurs morts, et tâchons plutôt de vivre (AMIEL, Journal, 1866, p. 281).
Vieilli. Les morts ont toujours tort. On excuse toujours les vivants aux dépens des morts. Synon. usuel les absents ont toujours tort. (Dict. XIXe et XXe s.).
Les morts vont vite. [P. allus. au refrain de la ballade fantastique Lénore du poète romantique allemand Bürger : « Les morts vont vite »] Les morts sont vite oubliés par les vivants (Dict. XIXe et XXe s.).
Vieilli. Qui court après les souliers d'un mort risque d'aller nu-pieds. Qui compte sur un héritage est souvent déçu. (Ds LITTRÉ, DG).
c) P. hyperb. Personne très diminuée, atteinte dans son intégrité physique ou morale. Les pédérastes qui se vantent, ou qui s'affichent ou simplement qui consentent (...) ce sont des morts; ils se sont tués à force d'avoir honte. Je ne veux pas de cette mort-là (SARTRE, Âge de raison, 1945, p. 306). D'habitude, les interprètes se succèdent et ne parviennent jamais à former cette pâte. En somme la pièce [Les Parents terribles] m'a quitté (...). Elle agit à sa guise. Je la dérange. Je suis un mort dans un fauteuil (COCTEAU, Maalesh, 1949, p. 20).
Mort civil. Personne frappée de mort civile. Donc, je serai prêtre, se dit ce mort civil qui voulait absolument revivre sous une forme sociale (BALZAC, Splend. et mis., 1844, p. 101).
Mort en sursis, mort vivant. Personne vivante qui a l'aspect d'un mort. L'idée de l'ensevelissement moral (ou social) est dans Feu et Flamme et dans Les Visions d'un mort vivant (LARBAUD, Journal, 1934, p. 318).
P. métaph. Deuil! (...) L'Europe aux fers; au lieu de la France une morte (HUGO, Année terr., 1872, p. 241).
2. [Le mort est considéré dans un état durable]
a) [Le mort conserve, de son ancienne humanité, dans l'esprit des vivants, une sensibilité, une affectivité] Les morts que l'on fait saigner dans leur tombe Se vengent toujours (VERLAINE, Œuvres compl., t. 2, Parall., 1889, p. 186) :
12. Les morts gisent couchés sous nos pieds dans la terre.
Les morts, ce sont les cœurs qui t'aimaient autrefois!
C'est ton ange expiré! C'est ton père et ta mère!
Ne les attristons point par l'ironie amère
Comme à travers un rêve, ils entendent nos voix.
HUGO, Contempl., t. 2, 1856, p. 399.
13. La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
À dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps...
BAUDEL., Fl. du Mal, 1867, p. 174.
b) [Le mort demeure vivant dans la pensée]
[Par des liens affectifs (le subst. étant souvent précédé d'un adj. poss.)]
♦ [Le mort est un parent, un ami] Honorer, pleurer un mort/ses morts. À la mémoire de mon frère Georges À nos morts, repoussés dans l'oubli (Ph. ARIÈS, Essais sur l'hist. de la mort en Occident du Moyen-Âge à nos jours, Paris, éd. du Seuil, 1975, p. 7).
♦ [Le mort est un citoyen mort pour la Patrie] Ils ne viennent pas seulement tuer nos vivants, mais tuer nos morts, les empêcher de continuer leur immense action dans le monde (BARRÈS, Cahiers, t. 11, 1918, p. 350). Mais le roi de France n'avait le temps ni de s'attarder à pleurer ses morts, ni de savourer l'orgueil de coucher sur le champ de bataille (GROUSSET, Croisades, 1939, p. 361).
Monument aux morts. Monument érigé en souvenir des victimes de la guerre. La place minuscule, avec ses arbres rabougris, son vieux banc de pierre et les quatre marches du monument aux morts, formait un tableau paisible (BERNANOS, Crime, 1935, p. 802).
Sonnerie aux morts. Sonnerie et batterie destinées à honorer les morts pour la Patrie. Nue et comme seule au monde retentit la sonnerie « Aux morts » (L'Aurore, 11-12 nov. 1945, p. 1, col. 1).
[Par des liens religieux] Culte, messe, office des morts. J'estimais, en ma qualité de catholique, plus profitable et plus profond de prier pour les morts dans les églises, en présence du Saint-Sacrement, que de faire d'hygiéniques pérégrinations dans les cimetières (BLOY, Journal, 1892, p. 24) :
14. Il me sembla qu'on m'avait enterré vif; que ma tente de feutre noir était un catafalque orné de fleurs et qu'on chantait sur ma tête les prières des morts.
ABOUT, Roi mont., 1857, p. 131.
Jour des morts (dans la relig. cath.). Lendemain de la Toussaint où l'on célèbre un office pour le repos des âmes du Purgatoire. Le jour des morts n'est qu'une des expressions propres aux pays catholiques d'un culte des tombeaux beaucoup plus répandu (Ph. ARIÈS, Essais sur l'hist. de la mort en Occident du Moyen-Âge à nos jours, Paris, éd. du Seuil, 1975 p. 170).
c) Poét. [La mort étant conçue et représentée (par les poètes et par la tradition théologique comme une seconde vie)] Spectre, ombre (plus ou moins matérielle suivant les diverses eschatologies) de l'âme des défunts qui habitent l'au-delà. Royaume, séjour des morts. Si le pouvoir lui en avait été donné, du rivage des morts elle eût rappelé Mathilde (MAURIAC, Genitrix, 1923, p. 369). L'évocation des morts et la descente aux Enfers sont d'abord le privilège des chamans (P. BRUNEL, L'Évocation des morts et la descente aux Enfers, Paris, Sedes, 1974, pp. 34-35) :
15. LE PREMIER PRINCE : Majesté, trouve le remède! Fils du Ciel, ferme la porte de la terre! Empêche les morts de nous venir tourmenter. Ils ont vécu leur vie. Qu'ils reposent maintenant dans le cercueil que nous avons donné. Et, délivrés du travail, qu'ils ne nous envient point la nourriture. L'EMPEREUR : Je suis le Roi des Vivants, mais je n'ai point empire Sur le peuple des Morts.
CLAUDEL, Repos 7e jour, 1901, I, p. 801.
Descendre chez les morts. Mourir. À la male heure quand il est descendu chez les morts, l'empereur votre père m'a confié votre majesté (CLAUDEL, Repos 7e jour, 1901 III, p. 841).
Dialogue des morts. Œuvre littéraire qui fait converser des morts séjournant aux Enfers. Dialogue des morts. — Tu dors toujours? — Oui. Et toi? — Moi aussi. Je ne sais pas ce que j'ai : je ne peux pas me réveiller, le matin (RENARD, Journal, 1901, p. 661).
Danse des morts. Danse macabre. Les feuilles des arbres bruissent en été vers la porte comme les pas des squelettes quand ils reviennent de la danse des morts (QUINET, Ahasvérus, 1833, 3e journée, p. 179).
B.— Subst. masc.
1. JEUX (au bridge et au whist). Celui des quatre joueurs qui abat son jeu sur la table et ne participe pas à la partie. Faire le mort. Julia joua des sonates à quatre mains avec sa mère, M. de Lucan remplaça le mort au whist du curé, et la soirée s'acheva paisiblement (FEUILLET, J. de Trécœur, 1872, p. 164).
Vieilli. Faire, jouer un mort. Jouer au whist à trois personnes en découvrant le jeu de la quatrième, absente. [Après avoir joué au whist dans la salle des jeux,] l'habitude se prend de « faire un mort » dans la salle d'étude (...). Les polytechniciens (...) sont passionnés pour le mort (LÉVY-PINET 1894, p. 309). Monsieur d'Ajuda s'arrangea pour dîner avec Maxime au club de la rue de Beaune, et lui proposa d'aller faire un mort chez le duc de Grandlieu qui (...) se trouvait seul (BALZAC, Béatrix, 1945, p. 337).
2. DR. Le mort saisit le vif. L'héritier est immédiatement saisi de la possession des biens du défunt dont il peut sans formalité entrer en possession. Vos Français, M. le chevalier, ont deux belles maximes plus vraies peut-être qu'ils ne pensent : l'une de droit civil, le mort saisit le vif; et l'autre de droit public, le roi ne meurt pas (J. DE MAISTRE, Soirées St-Pétersb., t. 2, 1821, p. 221).
Prononc. et Orth. :[], []. Homon. maure, mors, et des formes de mordre. Att. ds Ac. dep. 1694. Accord des 2 éléments pour les mots construits avec mort quand ils sont formés d'un adj. et d'un subst. : des mortes-eaux; des morts-terrains. Pas d'accord pour mort ds mort-né p. anal. avec nouveau-né (où nouveau est mis pour l'adv. nouvellement) : des brebis mort-nées. Étymol. et Hist. I. Adj. 1. a) fin Xe s. « qui a cessé de vivre » (Passion, éd. d'Arco Silvio Avalle, 399 : Si s'espauriren [li custod] de pavor, Que quaisses morz a terra vengren De gran pavor que sobl'elz vengre); ca 1050 (St Alexis, éd. Chr. Storey, 339 : ... morz est tes provenders; 354 : ... uns morz pelerins; 429 : Sun mort amfant detraire ed acoler; 442 : Or vei jo morte tute ma porteüre); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 1584 : Il l'abat mort); b) « dont la vie physique s'est retirée » ) ca 1170 la morte char d'une blessure (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec, éd. M. Roques, 5158); ) 1327 mort bois « bois sec, pourri », v. mort-bois; 1348 bois mort (doc. ds DU CANGE, s.v. Boscus Mortuus Vivus); 2. « qui est comme mort » a) ca 1100 « qui est en danger de mort, qui peut être considéré comme mort » (Roland, 577 : Iert i sis niés, li quens Rollant, ço crei, E Oliver, li proz e li curteis. Mort sunt li cunte, se est ki mei en creit); b) ca 1200 mort de fain (Aiol, éd. W. Foerster, 2665); 3. a) ca 1200 terme de spiritualité morz al munde (Moralium in Job ds Dialogue Grégoire, éd. W. Foerster, p. 320); b) 1480 « exclu de » mort au monde (GUILLAUME COQUILLART, Droits nouveaux, 935 ds Œuvres, éd. M. J. Freeman, p. 176); 4. « (d'une chose) qui paraît dépourvu de vie, de mouvement, d'activité, de finalité » a) début XIIe s. mer morte [mare languidum] (BENEDEIT, St Brendan, 899 ds T.-L. : Dormante mer unt e morte, Chi a sigler lur est forte), v. aussi morte-eau; 1395 la Mer Morte (Voyage à Jérusalem du Seigneur d'Anglure, 158, ibid.); b) début XIVe s. « (d'un élément en combustion) éteint » mort charbon (JEHAN DE SAINT-QUENTIN, Dit des deux chevaliers, E, 170, éd. B. Munk-Olsen, p. 53); c) d'une faculté, d'une qualité, d'un sentiment ca 1220 (Barlaam et Josaphat, 7959 ds T.-L. : Tes sens est mors); 1re moitié XIIIe s. (GUIOT DE DIJON, Chansons, éd. E. Nissen, IV, 18 : Bien est en li morte mercis); d) « qui ne produit rien, ne porte pas de fruit » ) 1263 mort boys, v. mort-bois; ) ca 1382 morte saison, v. ce mot; ) 1643 (J. BOUCHET, Ep. mor., I, 1 ds HUG. : ... mortes Sont devant Dieu les oraisons, les prières); ) 1690 argent mort (FUR.); e) « où rien n'a lieu, ne se passe » ) 1690 angle mort d'une fortification (ibid., s.v. angle); ) 1773 temps mort (VOLTAIRE, Lettre au cte d'Argental, 26 sept. ds Corresp., éd. Th. Besterman, t. 40, 1975, p. 133). II. Subst. « celui qui a cessé de vivre » A. 1. considéré comme demeurant dans l'au-delà a) fin Xe s. relig. chrét. (Passion, 35 : [Jesus] Chi eps lo morz fai se revivere); b) 1586 mythol. le froid Royaume des mors (RONSARD, Pour son tombeau, A son âme, 6 ds Œuvres, éd. P. Laumonier, t. 18, p. 182); 2. considéré comme présent à la mémoire humaine ca 1170 (MARIE DE FRANCE, Lais, Guigemar, éd. J. Rychner, 286); 1174-87 (CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, éd. F. Lecoy, 3616 : Les morz as morz, les vis as vis!); 1216 (ANGER, St Grégoire, 214 ds T.-L. : [Deu] Qui vifs et morz en sa mein a); 1270 dr. (Ordonnances rois de France, t. 1, éd. E. de Laurière, p. 250 : Li mors sesit le vif), cf. 1389 (JEAN D'ABLEIGES, Grand coutumier de France, éd. E. Laboulaye et R. Dareste, II, XXV, p. 281). B. Ca 1100 « dépouille mortelle d'un être humain » (Roland, 2435 : Guardez le champ e les vals e les munz. Lessez gesir les morz tut issi cun il sunt). C. 1765 terme de jeux « joueur mis hors de la partie » (Encyclop. t. 10, p. 729a). Du lat. mortuus (lat. vulg. mortus, VÄÄN., § 80), part. passé de mori « mourir ». Emplois fig. « qui demeure sans vie, dont la vie s'est retirée » : mare mortuum [= Judaïcum] IIIe s. ds TLL, s.v. morior, mortuus, 1497, 32; carbo mortuus (ca 1113 ds Nov. gloss., s.v. morior, mortuus, 833, 42); « (d'une plante) qui ne porte pas de fruit » v. mort-bois; « où rien ne se passe » : cuneus mortuus « angle mort » (1192 ds Nov. gloss., loc. cit., 45). Dans la lang. chrét., terme de spiritualité (IVe s., St HILAIRE, Mat., 7, 11 ds BLAISE Lat. chrét.). Fréq. abs. littér. :18 701. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 22 469, b) 26 554; XXe s. : a) 32 300; b) 26 700. Bbg. GRUNDT (L.-O.). Et. sur l'adj. invarié en fr. Bergen-Oslo-Tromsø. 1972, p. 164. — QUEM. DDL t. 15.

1. mort [mɔʀ] n. f.
ÉTYM. Xe; du lat. mors, à l'accusatif mortem.
———
I Cessation définitive de la vie (d'un être humain, d'un animal, et, par ext., de tout organisme biologique).
1 Cessation de la vie, considérée comme un phénomène inhérent à la condition humaine ou animale. Anéantissement, destruction (de la vie), fin, trépas; (par métaphore et fig.) cercueil, nuit (du tombeau), repos (éternel), sommeil (dernier sommeil), tombe, tombeau, voyage (le grand voyage); → Crevaison (pop.). || Le genre humain est sujet à la mort. Mortalité, mortel; mourir. || Qui n'est pas sujet à la mort. Immortel. || Qui évoque la mort. Funèbre, lugubre, macabre. || Signe de mort. Fatal. || La vie et la mort. || La mort, mystère inexplicable (cit. 3); objet d'une insouciance (cit. 1) habituelle. || La mort nous effraie (cit. 1 et 6). || La mort, couronnement (cit. 5) de la vie. || « Chaque instant (cit. 1) de la vie est un pas vers la mort » (Corneille). || Le mal et la mort. || « La mort de la mort » (→ Autel, cit. 19).Sociologie de la mort. || Étude de la mort. Thanatologie.
1 (…) cette mort que les uns appellent des choses horribles la plus horrible, qui ne sait que d'autres la nomment l'unique port des tourments de cette vie ?
Montaigne, Essais, I, XIV.
2 Le but de notre carrière, c'est la mort, c'est l'objet nécessaire de notre visée : si elle nous effraie, comme (comment) est-il possible d'aller un pas en avant, sans fièvre ? Le remède du vulgaire c'est de n'y penser pas. Mais de quelle brutale stupidité lui peut venir un si grossier aveuglement ?
Montaigne, Essais, I, XX.
3 La mort est plus aisée à supporter sans y penser, que la pensée de la mort sans péril.
Pascal, Pensées, II, 166 (→ aussi Anéantir, cit. 2).
4 C'est une étrange faiblesse de l'esprit humain, que jamais la mort ne lui soit présente, quoiqu'elle se mette en vue de tous côtés et en mille formes diverses… Les mortels n'ont pas moins de soin d'ensevelir les pensées de la mort que d'enterrer les morts mêmes.
Bossuet, Serm. IVe semaine de Carême, « Sermon sur la mort », 1666.
5 (…) la connaissance de la mort et de ses terreurs est une des premières acquisitions que l'homme ait faites en s'éloignant de la condition animale.
Rousseau, De l'inégalité parmi les hommes, I.
6 La mort, mon fils, est un bien pour tous les hommes; elle est la nuit de ce jour inquiet qu'on appelle la vie.
Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, p. 140.
7 Vivre est une maladie dont le sommeil nous soulage toutes les seize heures; c'est un palliatif : la mort est le remède.
Chamfort, Maximes, « Philosophie et morale », XCI.
7.1 On fera toujours peur aux hommes en leur parlant de la mort; mais leur en parler sera toujours une sottise ou un calcul de p… Puisque la mort est inévitable, oublions-la.
Stendhal, Vie de Rossini, Introd., III, p. 29.
8 Il serait difficile de peindre l'espèce de consternation qui frappa Tristan et son frère en apprenant la mort de l'homme qu'ils avaient un si grand désir de retrouver. Ce n'est jamais, quoi qu'on en dise, une chose indifférente que la mort. On ne la brave pas sans courage, on ne la voit pas sans horreur, et il est même douteux qu'un gros héritage puisse rendre vraiment agréable sa hideuse figure, dans le moment où elle se présente.
A. de Musset, Contes, « Secret de Javotte », III.
9 On entre, on crie,
Et c'est la vie :
On bâille, on sort
Et c'est la mort.
Ausone de Chancel (1808-1876), in Guerlac.
9.1 Cette idée de la mort s'installa définitivement en moi comme fait un amour. Non que j'aimasse la mort, je la détestais. Mais, après y avoir songé sans doute de temps en temps comme à une femme qu'on n'aime pas encore, maintenant sa pensée adhérait à la plus profonde couche de mon cerveau si complètement que je ne pouvais m'occuper d'une chose sans que cette chose traversât d'abord l'idée de la mort, et même si je ne m'occupais de rien et restais dans un repos complet, l'idée de la mort me tenait une compagnie aussi incessante que l'idée du moi.
Proust, le Temps retrouvé, Pl., t. III, p. 1042.
10 Au regard de l'individu, la mort s'oppose à la vie; mais au contraire, dans une vue de l'ensemble des vivants, elle est condition de la vie. Pourquoi ce qui produit les êtres vivants les produit-il mortels ?
Valéry, Suite, p. 139.
11 (…) lorsque le symbolisme découvre l'étroite parenté de la beauté et de la mort, il ne fait qu'expliciter le thème de toute la littérature du demi-siècle. Beauté du passé, parce qu'il n'est plus, beauté des jeunes mourantes et des fleurs qui se fanent, beauté de toutes les érosions et de toutes les ruines, suprême dignité de la consommation, de la maladie qui mine, de l'amour qui dévore, de l'art qui tue; la mort est partout, devant nous, derrière nous, jusque dans le soleil et les parfums de la terre. L'art de Barrès est une méditation de la mort (…)
Sartre, Situations II, p. 173.
Allus. littér. || « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement » (La Rochefoucauld, Maximes, 26).
12 (…) même en temps normal, je ne cesse d'envisager la mort et ne souscris pas à ce que dit La Rochefoucauld, que, non plus que le soleil, elle ne peut être regardée fixement.
Gide, Journal, 6 mars 1943.
2 (XIIIe). || La mort, personnifiée ou considérée comme une force individualisée (dans cet emploi, on écrit parfois le mot avec une majuscule). Camarde, faucheuse, fossoyeuse. || Sentir passer la mort (→ Attarder, cit. 6). || Voir la mort de près, en face. || Les bras (cit. 26) de la mort. || L'affreux (cit. 4) baiser de la mort. || La mort nous l'a enlevé (cit. 30), emporté… || La mort frappe (cit. 47) à la porte. || Les ombres, les ténèbres, le voile de la mort, ses approches. || Le spectre de la mort. || L'ange de la mort.Les coups que frappe la mort. || La mort fauche tout, tranche le fil des jours ( Parque). || La mort ravit tout (→ Alléguer, cit. 4), n'épargne personne (→ Macabre, cit. 1), « frappe sans avertir » (cit. 8). || « La mort nous a oubliés » (→ Chut, cit. 2). || La mort est égalitaire (→ Irriter, cit. 6). || « La mort ne surprend point le sage » (→ Avertir, cit. 1). || « La mort te peut prendre en chemin » (→ Aujourd'hui, cit. 4, La Fontaine). || « La mort a des rigueurs… » (Malherbe). → Beau, cit. 79; loi, cit. 34; 1. garde, cit. 71. || « Des champs de carnage (cit. 3) où triomphe la mort » (Corneille). || La pâle mort… (→ Bataillon, cit. 5, Hugo). || « C'est la Mort qui console, hélas… » (→ Élixir, cit. 4).« L'amour (cit. 21) est fort comme la mort, plus fort (cit. 55) que la mort ». || Le Christ a vaincu la mort (→ Croix, cit. 11).Appeler (cit. 8), invoquer la mort (→ aussi Cruel, cit. 11, La Fontaine). || N'approche (cit. 29) pas, ô mort !Hurler à la mort.
13 Je connais que pauvres et riches,
Sages et fous, prêtres et lais (laïcs)…
Mort saisit sans exception.
Villon, Testament, XXXIX.
14 Pour chasser mes douleurs, amène-moi la Mort.
Ha ! Mort, le port commun, des hommes le confort,
Viens enterrer mes maux, je t'en prie à mains jointes !
Ronsard, Pièces posthumes, « Derniers vers », IV.
15 Ô mort, nous te rendons grâces des lumières que tu répands sur notre ignorance; toi seule nous convaincs de notre bassesse, toi seule nous fais connaître notre dignité; si l'homme s'estime trop, tu sais déprimer son orgueil; si l'homme se méprise trop, tu sais relever son courage (…)
Bossuet, Sermon IVe semaine de carême, « Sermon sur la mort », 1666.
16 Je te salue, ô Mort ! Libérateur céleste (…)
Lamartine, Premières méditations, V (→ Libérateur, cit. 2).
17 Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !
Baudelaire, les Fleurs du mal, CXXVI, VIII.
18 La mort elle-même était si belle alors (pour la jeunesse napoléonienne), si grande, si magnifique dans sa pourpre fumante ! Elle ressemblait si bien à l'espérance, elle fauchait de si verts épis qu'elle en était comme devenue jeune, et qu'on ne croyait plus à la vieillesse.
A. de Musset, la Confession d'un enfant du siècle, I, II.
19 « Mort, où est ta victoire ? » criera saint Paul; mais dès avant la résurrection, cette mort qui se prépare est une promesse de victoire sur la tombe.
Daniel-Rops, Jésus en son temps, XI.
Spécialt. || La Mort : personnage légendaire, souvent représenté comme un squelette armé d'une faux (→ Avec, cit. 16). || Le Chevalier et la Mort, célèbre gravure de Dürer.La Mort, fille de la Nuit (→ Fléchir, cit. 4).
20 La mort, spectre masqué, n'a rien sous sa visière.
Hugo, la Légende des siècles, LV, « Ire, non ambire ».
21 (…) les figures de la mort, les personnifications de la mort sont des inventions et des fables des gens qui vivent. Elle n'était pas une visiteuse surnaturelle que Catherine attendait… Ce n'était pas une femme voilée, un squelette sous des linges souillés de terreau et de pontes de vers, elle n'avait pas de corps, d'ossements, d'attributs, de faux, de sablier, de robe noire, elle était une force diffuse, qui avait l'ubiquité de la lumière, de l'air : elle emplissait cette chambre comme un gaz, un fluide d'une densité terrible qui écrasait la poitrine de Catherine (…)
P. Nizan, le Cheval de Troie, II, VIII.
3 Biol., méd. et cour. Arrêt complet et irréversible des fonctions vitales (d'un organisme, d'une cellule) entraînant sa destruction progressive. || Recherches sur la vie et sur la mort, de Bichat. || Mort apparente. Léthargie; et aussi asphyxie (des nouveau-nés). || Mort clinique ou mort relative, constatée par un examen clinique, correspondant à un arrêt momentané des fonctions vitales. || Malade en état de mort clinique réanimé par massage du cœur.(1840). || Mort apparente, marquée par l'arrêt temporaire ou le ralentissement extrême des fonctions cardiaques et respiratoires.(1874). || Mort absolue, consistant en l'arrêt définitif de toute fonction vitale.Mort par arrêt du cœur, par arrêt des fonctions cérébrales ( Apoplexie). || Constater la mort par un électroencéphalogramme plat. || Mort d'un organisme, d'un germe, d'un organe, d'un tissu, d'une cellule.
22 S'il est difficile de définir la vie, il ne l'est pas moins de définir la mort. Rien n'est plus embarrassant, pour le biologiste, que de déterminer avec précision le moment où la vie abandonne un organisme (…) Non seulement la mort est un processus qui gagne de proche en proche, mais encore, dans une même région de l'organisme, elle se produit par degrés, par nuances (…) La pluralité des êtres vivants sont soumis à la nécessité inflexible de la mort. Au bout d'un temps de fonctionnement, qui varie (…) ils s'affaiblissent, dégénèrent, et finissent par périr soit d'une mort naturelle, qui n'est que la conclusion de leur déclin, soit d'une mort accidentelle qu'a favorisée la baisse de leur résistance. La biologie toutefois connaît des organismes immortels; ce sont ceux-là qui sont formés d'une seule cellule (…)
Jean Rostand, la Vie et ses problèmes, p. 107 à 109.
4 La mort (d'une personne); une mort… a Fin d'une vie humaine, circonstances de cette fin (et, par ext., de l'agonie); formes diverses que peut prendre cette fin. || Mort naturelle; mort de maladie, de vieillesse (→ Extraordinaire, cit. 2). — ☑ Loc. Mourir de sa belle mort, de vieillesse et sans souffrance (→ Mourir dans son lit).Mort accidentelle, brutale, violente. Malemort (vx). || Mort par accident, par asphyxie, décollation, électrocution, empoisonnement, noyade, pendaison, strangulation, submersion… || Mort rapide, subite (→ Grisou, cit. 2). — ☑ Loc. fam. Marchand (cit. 13) de mort subite.Mort lente.Une mort glorieuse, héroïque (cit. 18); une belle (cit. 48) mort. || Faire une bonne, une sainte mort. || « Sa vie et sa mort (cit. 72) sont d'un sage ». || Mort affreuse, lamentable (cit. 1), triste… || Une sotte mort (→ Étrier, cit. 2). || « J'aurai tout manqué (cit. 65), même ma mort ».Mort volontaire. Suicide. || Mort endurée pour sa religion, pour une cause… Martyre (cit. 1 et 7). || Ils se battront jusqu'à la mort (→ Jusqu'à la dernière goutte de sang, jusqu'au dernier).
23 Mort soudaine seule à craindre, et c'est pourquoi les confesseurs demeurent chez les grands.
Pascal, Pensées, III, 216.
24 — Olmeda, qui a soixante-deux ans, et qui s'occupe de faire le gouverneur, au lieu de s'occuper de faire une bonne mort, se révèle frivole.
Montherlant, le Maître de Santiago, II, 1.
La mort et la résurrection du Christ. Spécialt. || Par la mort, par le sang ! anciens jurons ( Morbleu, morguienne…, corruption de : par la mort de Dieu !).
tableau Principales interjections.
Loc. Il y a eu mort d'homme. — ☑ Fam. Ce n'est pas la mort d'un homme, et, ellipt, ce n'est pas la mort ! : c'est chose facile, sans gravité ni danger…
Spécialt. (En parlant de l'attitude, des réactions de l'homme vis-à-vis de sa propre mort, de l'approche de la mort).Accepter (cit. 12 et 13), envisager (cit. 5 et 6) la mort sans appréhension (cit. 9). || Ne pas craindre (cit. 2) la mort. || Acceptation (cit. 4), attente (cit. 2 et 13) de la mort. || Affronter (cit. 2), braver, chercher (cit. 3), risquer la mort (→ Intrépide, cit. 4). || S'exposer à la mort. || Angoisse (cit. 13), peur de la mort. || Fuir la mort. || Échapper à la mort. || Mépris (cit. 5) de la mort.« Un riche laboureur (cit. 3), sentant sa mort prochaine… ». || Avant-goût (cit. 5 et 6), approches (cit. 17) de la mort. || Le premier froid (cit. 16) de la mort. || Frisson de la mort (→ Fatal, cit. 8). || Les affres (cit. 1), l'agonie (cit. 3), les souffrances de la mort. || Le râle de la mort (→ Le dernier soupir).Exprimer ses dernières volontés, faire son testament avant sa mort.
25 J'étais seul, inexprimablement seul, en face de ma mort, et cette mort n'était que la privation de l'être — rien de plus.
Bernanos, le Journal d'un curé de campagne, p. 298.
26 (…) un sentiment constant de la mort très proche qui me fait redire sans cesse que ces beaux jours sont pour moi les derniers.
Gide, Journal, 7 sept. 1948.
Le jour (cit. 55), l'heure, le moment de la mort. Agonie, heure (dernière heure), moment (dernier moment; moment suprême). || Assister qqn au moment de sa mort, recueillir son dernier souffle, lui fermer les yeux, les paupières. — ☑ Loc. Être à la mort, à l'article (cit. 14), aux confins, à deux doigts, aux portes, au seuil de la mort, sur le point de mourir.(1690). Être entre (cit. 12) la vie et la mort : avoir la santé très altérée (par maladie, blessure, etc.) et être en danger de mort. — ☑ Loc. fig. Avoir la mort sur les lèvres, entre les dents.Avoir la mort sur le visage : sembler proche de la mort.
27 Il me semblait que ma vie ne me tenait plus qu'au bout des lèvres; je fermais les yeux pour aider, ce me semblait, à la pousser hors, et prenais plaisir à m'alanguir et à me laisser aller… Je crois que c'est en ce même état où se trouvent ceux qu'on voit défaillant de faiblesse en l'agonie de la mort, et tiens que nous les plaignons sans cause (…) j'ai toujours pensé (…) qu'ils avaient et l'âme et le corps enseveli et endormi (…)
Montaigne, Essais, II, VI.
28 (…) la mort entre les dents, ou du moins entre les gencives; car de dents je n'en ai plus (…)
Voltaire, Correspondance, 4499, 30 janv. 1778.
29 — Monsieur le comte, lui dit Rastignac, monsieur votre beau-père expire en ce moment dans un bouge infâme, sans un liard pour avoir du bois; il est exactement à la mort et demande à voir sa fille (…)
Balzac, le Père Goriot, Pl., t. II, p. 1074.
29.1 La Berma avait, comme dit le peuple, la mort sur le visage. Cette fois c'était bien d'un marbre de l'Erechtéion qu'elle avait l'air. Ses artères durcies étant déjà à demi pétrifiées, on voyait de longs rubans sculpturaux parcourir les joues, avec une rigidité minérale. Les yeux mourants vivaient relativement, par contraste avec ce terrible masque ossifié, et brillaient faiblement comme un serpent endormi au milieu des pierres.
Proust, le Temps retrouvé, Pl, t. III, p. 998.
Danger, péril de mort (→ Arme, cit. 27).C'est une question de vie ou de mort, une affaire où qqn risque la mort, est en danger de mort (→ Il y va de la vie d'un homme).
Psychan. || Pulsion de mort. Thanatos.
Loc. adv. || À mort : de manière qu'on en meure, que la mort s'ensuive. Mortellement. || Blessé, frappé (cit. 18) à mort (→ Laissé pour mort, laissé sur le carreau). || Combat, duel à mort. — ☑ Fig. En vouloir à mort à qqn, le haïr jusqu'à souhaiter sa mort. || Haïr à mort (→ Jaloux, cit. 24). || Être brouillés (cit. 34) à mort (→ Lance, cit. 7).
30 (…) qu'on s'esquive en douceur avant que tout tourne au vinaigre et qu'on se fâche à mort.
Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 438.
À la mort (vx) : extrêmement. || S'ennuyer à la mort (La Bruyère, II, 441), à mourir.REM. De nos jours, on emploie à mort, dans ce sens.
31 Vive Saint-Éloi ! On farandola à mort. Cadet brûla sa blouse neuve (…)
Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, « L'Arlésienne ».
De la mort, se dit d'exercices, d'engins (militaires…) qui mettent leurs auteurs, leurs occupants…, en danger de mort. || Commando de la mort. || Saut de la mort. || Le mur de la mort (dans une foire).
Par exagér. || Un destin pire que la mort. || « Je hais comme la mort l'état de plagiaire » (→ Imiter, cit. 19). || Plutôt la mort !
b Cette fin, provoquée. || Mort infligée à une personne par qqn ( Assassinat, meurtre; suff. -cide) ou qqch. || Donner la mort. Tuer (→ Bord, cit. 23; frisson, cit. 8). || Précipiter la mort d'un malade incurable. Euthanasie.Se donner la mort : se suicider. || Qui cause la mort. Funeste, mortel, mortifère. || La maladie a entraîné la mort en quelques heures. Coûter (la vie); emporter. || Porter, semer la mort (→ Engin, cit. 6; machine, cit. 24).Instrument (cit. 11), engin de mort.Spécialt. || Arbre de mort : mancenillier.Les hussards de la mort.Les camps de la mort nazis : les camps d'extermination.
31.1 (…) je ne comprendrai jamais qu'un père qui voulut bien donner la vie, ne soit pas libre de donner la mort. C'est le prix ridicule que nous attachons à cette vie, qui nous fait éternellement déraisonner sur le genre d'action qui engage un homme à se délivrer de son semblable.
Sade, Justine…, t. I, pp. 128-129.
(1640). Spécialt. || Peine de mort. 1. Capital (→ Abolir, cit. 3 et 4). || Arrêt de mort, condamnation à mort. || Mettre à mort un criminel ( Bourreau; exécuter, II., 2.); mise à mort par décapitation, pendaison, électrocution, par le feu…Absolt. Peine capitale. || Voter la mort. || L'avocat général réclame la mort (→ la tête) de l'accusé. || Droit (3. Droit, cit. 16) de vie et de mort (→ Esclave, cit. 5; entendre, cit. 63).
32 La mort, sans phrases.
(Attribué à l'Abbé Sieyès, dans le jugement de Louis XVI).
33 Les plus grands hommes d'une nation sont souvent ceux qu'elle met à mort.
Renan, Vie de Jésus, Œ. compl., t. IV, p. 116.
(En parlant de la mort de qqn qu'on hait). || Souhaiter, vouloir la mort de qqn. || Jurer la mort du tyran (→ Hurler, cit. 19).Cris de mort (→ Armer, cit. 17; francisque, cit. 1). || Menaces, menacer (cit. 5) de mort. — ☑ Loc. prov. Dieu ne veut pas la mort du pécheur, il est indulgent.Par anal. (→ Lièvre, cit. 8).
34 Je ne souhaite pas qu'on fasse de la peine à cette pauvre femme; je ne veux point la mort du pécheur.
A. R. Lesage, Gil Blas, II, IV.
Loc. exclam. À mort ! (pour réclamer la mise à mort de quelqu'un). → Au poteau !
Mort à… : souhait de mort (cette tournure a de nos jours une valeur plus faible que la précédente).Mort aux vaches !
35 Les mots : Mort au tyran ! criés à Saint-Cloud retentissaient toujours aux oreilles de Lucien.
Balzac, Une ténébreuse affaire, Pl., t. VII, p. 637.
(En parlant de ce qui suit la mort). || L'immobilité, le repos, le sommeil de la mort (→ Léthargique, cit. 2). || Le corps humain après la mort. Cadavre, corps, dépouille, reste(s). || Durcissement des muscles après la mort ( Rigidité). — ☑ Lit (cit. 11) de mort. || L'attirail (cit. 8) de la mort ( Funèbre, mortuaire).Cérémonies après la mort. Enterrement, funérailles.
Ce qui vient après la mort. Au-delà, survie, survivance (de l'âme). || L'immortalité (cit. 3, 7 et 8) après la mort. Élysée; enfer, paradis.
36 Apprenez qu'après la mort il n'y a pas de spectres, petites effrontées, mais des carcasses; pas de revenants mais des os et des vers.
Giraudoux, Intermezzo, I, 6.
37 — Tu es vis-à-vis de la guerre comme sont les chrétiens devant la mort : les yeux tellement fixés sur ce qui viendra après, qu'ils en oublient toutes les horreurs de l'agonie (…)
Martin du Gard, les Thibault, t. V, p. 136.
5 Terme de la vie humaine considéré dans le temps. Décès, disparition.Avant (cit. 1), après, depuis sa mort. || Qui se fait avant ( Anthume), après ( Posthume) la mort. || Jusqu' (cit. 12 et 13) à la mort : pendant toute la vie. || Être honoré (cit. 7) après sa mort. || De son vivant, pendant sa vie et après sa mort… || Annoncer la mort d'un parent par un faire-part, un avis mortuaire. || Nous avons la douleur de vous annoncer la mort de… (→ Convoi, cit. 5). || Le glas annonce une mort. || Douleur que l'on ressent à la mort de qqn. Deuil. || Sa mort fait un grand vide parmi nous. || Pleurer, déplorer la mort d'un parent. Perte. || Anniversaire (cit. 2) de la mort.À sa mort, son fils héritera de tous ses biens. || Succéder dans la charge de qqn après la mort de celui-ci. Survivance. || Mort qui précède une autre mort. Prédécès.
Loc. À la mort et à la vie (→ Indépendamment, cit. 3), ou, plus souvent, à la vie (et) à la mort. Toujours. Ellipt. || Entre nous, c'est à la vie, à la mort : notre amitié durera toujours.
38 Vous auriez à vous reprocher les plus grands crimes, dit Liéven en l'interrompant, que je vous suis dévoué à la vie et à la mort.
Stendhal, Romans et nouvelles, « Le philtre ».
39 Ces belles amitiés-là, à la vie à la mort, personne plus que moi n'en a éprouvé tout le charme (…)
Loti, Aziyadé, I, XV.
6 (En parlant des animaux). || La mort du loup, poème de Vigny. || Mettre à mort. Immoler, sacrifier.Mise à mort du taureau par le matador. Absolt. || Il a raté la mise à mort.
———
II Fig.
1 Par anal. Anciennt. || Mort civile : privation définitive des droits civils (→ Communauté, cit. 5; incapable, cit. 13).Mort au monde : retraite loin du monde (cf. Mme de Maintenon, in Littré).
Relig. || La mort éternelle, de l'âme, la seconde mort (cf. Bossuet, Massillon, in Littré) : la condamnation du pécheur aux peines de l'enfer.
2 (1670). Destruction (d'une chose). Anéantissement, disparition, enterrement (fig.). || La mort qui a frappé ces palais (→ Éteindre, cit. 49).Silence de mort. || Nations ensevelies par la mort. || L'hiver (cit. 1), mort de six mois.Spécialt. (En parlant d'un astre éteint). || La vie et la mort des étoiles.
Fig. || Vie et mort des mots, des langues, des civilisations. Destruction, fin. || La mort de la morale (→ Facile, cit. 32), de la liberté (→ Fascisme, cit. 2), des sentiments (→ Impassibilité, cit. 1).La mort de Dieu, de l'idée de Dieu.
(1723). Arrêt complet et définitif (d'une activité). || La mort du commerce, d'une industrie. Ruine.
3 Fig. et littér. Douleur mortelle. Chagrin, douleur, souffrance, tristesse. || Souffrir mort et passion, souffrir mille morts. 3. Mal.Sa vie est une mort continuelle. Agonie (→ Malingre, cit. 5).
Loc. Souffrir mille morts, de grandes souffrances.
40 Un cœur bien plein de flamme à mille morts s'expose,
Plutôt que de vouloir fâcher l'objet aimé.
Molière, Amphitryon, II, 6.
41 Vous me verriez plus prompte affronter mille morts.
Racine, Phèdre, III, 3.
Loc. Avoir la mort dans l'âme : être extrêmement triste (→ Grelotter, cit. 3).
42 Tâchez d'abord de les comprendre : ils ont la mort dans l'âme, ces gars-là, ils ne savent plus où donner de la tête; ils seront au premier qui leur fera confiance.
Sartre, la Mort dans l'âme, p. 271.
4 Spécialt.La petite mort : « sorte de frisson » (Académie), et, de nos jours, l'orgasme.
43 (…) nulle voix des sens au monde ne répond, comme aux petites morts de la fin de l'amour.
P. de La Tour Du Pin, la Contemplation errante, p. 132.
CONTR. Vie. — Animation, éclosion, existence, naissance, résurrection, survivance. — Avènement.
DÉR. et COMP. Mortaille, mort-aux-rats. Mordieu, mort-dieu. Trompe-la-mort, trompette-de-la-mort. — V. (du lat.) Mortalité, mortel, morticole, mortifère, mortifier, mortinatalité, mortuaire.
HOM. Maure; formes du v. mordre, more, mors.
————————
2. mort, morte [mɔʀ, mɔʀt] (le t ne se lie pas : mort ou vif [mɔʀuvif], mais on disait encore [mɔʀtuvif] à l'époque de Littré) adj.
ÉTYM. Fin Xe; du lat. mortuus, mortus en lat. vulg. → Mourir.
Qui a cessé de vivre.
1 a (En parlant des êtres humains). Décédé, défunt, 2. feu. || Corps mort. Cadavre (→ Exsangue, cit. 1; infecter, cit. 1). || Être mort (→ Être dans le cercueil, dans la tombe, avoir six pieds de terre sur la tête; manger les pissenlits, fumer les mauves par la racine…). || Il est entré à l'hôpital dans un état désespéré, il en sortira probablement mort (→ Les pieds devant). || Il est mort. → Il a vécu, il n'est plus (→ Attendre, cit. 118; fort, cit. 28). || Il est mort depuis longtemps. || Il est mort et enterré (cit. 14). || « Madame (cit. 1) se meurt; madame est morte » (Bossuet).Allus. myth. || Le grand Pan est mort ! (cf. Rabelais, IV, 29).On le crut, on le croyait mort (→ Champ, cit. 6). || On l'a trouvé mort (→ Avérer, cit. 1). || Mort de faim, de froid, de maladie. || Mort accidentellement. || Mort à la guerre, au champ d'honneur, pour la patrie. Mourir (supra cit. 28). || Quand nous serons morts (→ Cependant, cit. 4). || X…, mort à 29 ans (→ 1. Grave, cit. 6). || Enfant mort à la naissance. Mort-né; mortinatalité. || Héritage, succession d'une personne morte ( Mortaille).Être laissé (cit. 45) pour mort. || Être comme mort, inanimé. Immobile (→ Extrême-onction, cit. 1; léthargie, cit. 1). || Rendre comme mort. Amortir (vx).Il l'abat mort (→ Haubert, cit. 1). || Tomber mort (→ Exhalaison, cit. 2). || Raide mort (→ Archer, cit. 2).Morts ou vifs (→ Faucher, cit. 6).« J'aimerais mieux me voir morte que déshonorée » (→ Honneur, cit. 18). || « Il vaut mieux ivre (cit. 1) se coucher Dans le lit, que mort dans sa tombe. »
1 Nous sommes morts, âme ne nous harie (tourmente),
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Villon, Poésies diverses, Épitaphe de Villon.
2 Mon père est mort, Dieu en ait l'âme !
Villon, Testament, XXXVIII.
3 — Signez donc, reprit Richelieu; ce papier porte : « Ceci est ma volonté de les prendre morts ou vifs ».
A. de Vigny, Cinq-Mars, XXIV.
4 On entendait le général A. de Girardin raconter qu'ayant été laissé pour mort sur le champ de bataille, il n'en était pas moins revenu de ses blessures (…)
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. IV, p. 118.
5 Fantine se dressa en sursaut, appuyée sur ses bras roides et sur ses deux mains, elle regarda Jean Valjean, elle regarda Javert, elle regarda la religieuse, elle ouvrit la bouche comme pour parler, un râle sortit du fond de sa gorge, ses dents claquèrent, elle étendit les bras avec angoisse, ouvrant convulsivement les mains, et cherchant autour d'elle comme quelqu'un qui se noie, puis elle s'affaissa subitement sur l'oreiller. Sa tête heurta le chevet du lit et vint retomber sur sa poitrine, la bouche béante, les yeux ouverts et éteints. Elle était morte.
Hugo, les Misérables, I, VIII, IV.
6 Le roi est mort ! Vive le roi ! disait-on sous l'ancienne monarchie (…)
Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques, « Le plus bel amour de Don Juan », I.
6.1 (…) il l'évoquait (le passé) d'une façon funèbre, mais sans tristesse. Il ne cessait d'énumérer tous les gens de sa famille ou de son monde qui n'étaient plus, moins, semblait-il, avec la tristesse qu'ils ne fussent plus en vie qu'avec la satisfaction de leur survivre. (…) C'est avec une dureté presque triomphale qu'il répétait sur un ton uniforme, légèrement bégayant et aux sourdes résonances sépulcrales : « Hannibal de Bréauté, mort ! Antoine de Mouchy, mort ! Charles Swann, mort ! Adalbert de Montmorency, mort ! Boson de Talleyrand, mort ! Sosthène de Doudeauville, mort ! » Et chaque fois, ce mot « mort » semblait tomber sur ces défunts comme une pelletée de terre plus lourde, lancée par un fossoyeur qui tenait à les river plus profondément à la tombe.
Proust, le Temps retrouvé, Pl., t. III, p. 862.
7 Oui Jacques, c'est vrai, elle était morte. Son petit corps était raide et glacé. Je le sais; toute la nuit je l'ai tenue entre mes bras.
Claudel, l'Annonce faite à Marie, IV, 3.
Loc. prov. (1790, in D. D L.). Fam. Quand on est mort, c'est pour longtemps !
Par métaphore. || « Sur le Racine mort le Campistron pullule (cit. 1) ! » (Hugo).
Par exagér.Être à demi, à moitié mort, très malade, très affaibli ou inanimé. || Demi-mort (→ Coup, cit. 18). || Demi-morte de faim (→ 2. Marron, cit.).Par appos.Ivre mort.
b (En parlant des animaux). || Hérisson (cit. 2), sanglier mort (→ Livrée, cit. 12), poisson mort (→ Carène, cit. 1). || Carcasse, ossements de bêtes mortes. Spécialt. || Corail mort. — ☑ Prov. Morte la bête, mort le venin.Un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort (Bible, Ecclés., IX, 4).
c V. 1320. (En parlant des végétaux). || Bois (cit. 23) mort ( Mort-bois). || Feuille (cit. 2) morte (→ Fin, cit. 11; joncher, cit. 3). Feuille-morte (cit. 1).Fleurs mortes (→ Croupir, cit. 8; faire, cit. 146). || Arbre mort (→ Feuille, cit. 1). || Paille morte, sèche (→ Maïs, cit. 1).
2 Par ext. (En parlant d'un organe, d'un tissu). Dont les cellules ne vivent plus. || Chair morte. || Peau morte. || Tissus morts.
8 Si quelque accident vous enlève un peu de peau et de chair, ce morceau de vous-même est bientôt mort (…)
Alain, Propos, Colonies d'animaux, 4 déc. 1910.
8.1 Je prendrai dans mes mains ta face morte. Je la coucherai dans le froid. Je ferai de mes mains sur ton corps immobile la toilette inutile des morts.
Yves Bonnefoy, Poèmes, p. 81.
3 V. 1360. (Personnes). Qui est en grand danger, qui est condamné (par la maladie, par les hommes, etc.).(Par ext., se dit d'une personne qui mène une vie diminuée, ralentie). || C'est un homme mort.
9 (…) il fut condamné à mort par contumace, et, par parenthèse, ne se présenta jamais pour la purger, il mourut mort.
Balzac, le Curé de village, Pl., t. VIII, p. 542.
10 On me purge, on me saigne, on me met des sangsues, la bonne chère m'est interdite, le vin m'est interdit; je suis un homme mort.
Flaubert, Correspondance, 85, 9 févr. 1844.
4 (Fin XIIe). Fig. Qui semble avoir perdu la vie. || Être mort de fatigue, de lassitude, épuisé, rendu (→ Courbatu, cit. 1; elfe, cit. 1). Absolt. || Je n'en puis plus, je suis mort ! (→ pop. Crevé).Mort de peur. Absolt.Être plus mort que vif, paralysé par la peur, effrayé au point de ressembler à un mort plus qu'à un vivant.Mort de douleur (Mme de Sévigné, IX, 532), de jalousie (Mme de Sévigné, IV, 320), de honte (Mme de Sévigné, IV, 514).Mort d'amour, de plaisir… Pâmé.
11 Mort de plaisir, tant le plaisir extrême
Avait perdu ma raison et moi-même.
Ronsard, Élégies, XX.
12 La chatte siamoise, tout à l'heure morte d'aise sur le mur tiède, ouvre soudain ses yeux de saphir dans son masque de velours sombre (…)
Colette, Histoires pour Bel-Gazou, p. 138.
12.1 Le sommeil tomba sur moi, comme jadis en Espagne, quand un repas suivait des combats d'avions : endormi mort, comme on dit ivre mort.
Malraux, Antimémoires, p. 231.
(V. 1175). En parlant des parties du corps. Insensible, paralysé. || Jambes mortes (→ ci-dessous, cit. 13).(1798). Éteint, sans vie. || Yeux morts (→ Lépreux, cit. 2). Par ext. || Avoir l'air mort.Spécialt. Qu'on laisse pendre. || Jambes mortes (→ Affaler, cit. 1; feindre, cit. 4). || Faire la main morte. Fig. || Ne pas y aller de main (cit. 58 et 59) morte.Par ext. || Geste alangui, endormi et mort (→ Apathique, cit. 2).
13 N'êtes-vous point effrayé de ces jambes froides et mortes ?
Mme de Sévigné, 855, 22 sept. 1680.
14 (…) elle reprit l'air mort qui convient à son habit.
Th. Gautier, Voyage en Russie, XVIII.
5 Fig. (Personnes). || Mort à… : insensible, indifférent à… || Mort au monde (→ Errer, cit. 7). || Mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés (→ Ensevelir, cit. 23).
Mort pour…, à… (littér.) : qui n'existe plus, qui ne compte plus pour (qqn). || Il n'a plus donné signe de vie, il est mort pour nous ( Absent).
15 Mais je trouve encore meilleur
Le baiser de sa bouche en fleur,
Depuis qu'elle est morte à mon cœur.
Verlaine, Romances sans paroles, « Aquarelles, Streets », I.
6 (Choses). Sans activité.(En parlant d'un lieu). Désert. || Ville morte (→ 1. Brouillard, cit. 8). || Tout semblait mort (→ Carillonner, cit. 1). || La gare (1. Gare, cit. 3) semblait morte.Par ext. || Le commerce est mort. || Saison morte. Morte-saison (ci-dessous, composés).
16 Lise était arrivée devant la maison des Fouan. D'abord, elle craignit qu'il n'y eût personne, tant le logis semblait mort.
Zola, la Terre, II, IV.
17 (…) avec la saison morte (…) un bon journalier ne gagnait pas plus de quarante-deux, quarante-trois sous par jour (…)
Aragon, les Beaux Quartiers, I, XV.
18 Paris était mort. Plus d'autos, plus de passants — sauf à certaines heures dans certains quartiers. On marchait entre des pierres; il semblait que nous fussions les oubliés d'un immense exode.
Sartre, Situations III, p. 24.
Sans vie, sans force, ou sans efficacité (→ Aspiration, cit. 6). || Idées (→ Force, cit. 34), pensées mortes (→ 2. Lieu, cit. 55). || Art mort pour qqn (→ 1. Faux, cit. 14). || Ces noms sont bien morts pour nous : oubliés (→ Liquidation, cit. 1). || Livres (cit. 9) qui ne contiennent « que le vide des phrases mortes ». — ☑ Loc. Lettre morte. Lettre (cit. 11, et supra).|| « Ma chandelle est morte, je n'ai plus de feu » (Au clair de la lune, chanson populaire).
19 Qui fuit croit lâchement, et n'a qu'une foi morte.
Corneille, Polyeucte, II, 6.
20 Tu ranimes par là mon espérance morte.
Molière, l'Étourdi, IV, 1.
21 Tout ce qui est mort comme fait, est vivant comme enseignement.
Hugo, Paris, II, IV.
22 (…) ma vieille amitié pour lui n'est point morte et ne demanderait qu'à refleurir.
Gide, Journal, 27 sept. 1914.
23 N'empêche que les gens cultivés sont constamment ramenés, par leur culture même, à traiter de problèmes morts, et à leur rendre ainsi une vie artificielle.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IX, XVII, p. 129.
Fam. Inutilisable, usé à l'extrême. || Ces pneus sont morts (→ Cuit). || Le moteur est mort, hors d'usage.
Temps mort. Temps.
Spécialt. || Soleil mort, froid, pâle (→ Lumière, cit. 6). || L'éclat mort du mercure (→ Bleu, cit. 12).Eau morte, qui ne circule pas. Stagnant (→ Follet, cit. 6). || Morte-eau. Eau (infra cit. 7). || La mer Morte. || Bras mort d'une rivière.
Mar. || Corps mort ( Corps-mort) : « chaînes et ancres disposées au fond de la mer (…) et dont une branche (…) revient au-dessus de l'eau où elle est portée par un corps flottant » (Gruss). || Bouée, flotteur de corps-mort.Œuvres mortes d'un navire.Fortif. || Angle mort.Mécan. Qui n'agit pas. || Point mort (d'un changement de vitesse; de la course d'un piston). || Force morte (vx). || Poids mort. Poids.Balle morte.
7 Qui appartient à un passé révolu. || Année morte (→ Livrée, cit. 9). || Les printemps morts (→ Attrister, cit. 15).Spécialt. (En parlant d'une personne encore vivante). || Le plus mort des morts est encore le petit garçon (cit. 6) que je fus.
24 Il se trouve, en un mot, chez les trois quarts des hommes,
Un poète mort jeune à qui l'homme survit.
A. de Musset, Poésies nouvelles (1833-1852), « À Sainte-Beuve ».
(1918). Argot. || C'est mort : c'est fini, terminé. || Elle est morte (la journée de travail, la besogne). Aussi : || elle est morte, la chèvre (même sens).
Spécialt. || La résurrection des villes mortes, des civilisations mortes.
25 Comme les villes mortes sortent des sables, les paquets de lettres jaunies émergent des coffrets.
A. Maurois, la Vie de Byron, Préface, p. 11.
Langue morte, par oppos. à langue vivante. Langue.
8 Spécialt. Qui, de par sa nature, n'est pas vivant. || Cheptel mort : les instruments du travail agricole.
Peint. || Nature morte.
CONTR. Animé, vif, vivant. — Immortel. — Ardent.
COMP. Mainmorte. — Morflat ou mort-flat, mort-bois, mort-gage, mort-né, morts-terrains. — Morte-eau, morte-paye, morte-saison, morts-terrains.
————————
3. mort, morte [mɔʀ, mɔʀt] n.
ÉTYM. 1080; de 2. mort.
Personne qui a cessé de vivre.
1 Dépouille mortelle d'un être humain. Cadavre, corps, macchabée (pop.). || Corps inanimé, froid, rigide… d'un mort. || Restes des morts. Ossement, squelette; cendre, poussière. || Pâleur, lividité d'un mort.Être pâle comme un mort (→ Interdire, cit. 17).Tête de mort.Monceau de morts (→ Bouclier, cit. 3). || Joncher (cit. 1) la terre de morts. || Relever les morts d'un champ de bataille.Lit de parade où l'on expose un mort. || Au chevet des morts (→ Héritier, cit. 5). || Veiller un mort. || Veillée des morts. || Faire la toilette des morts; laver (cit. 10) les morts. || Embaumer les morts. Embaumement, momie. || Masque (1. Masque, cit. 27) d'un mort ( Mortuaire). || Faire l'autopsie d'un mort. — ☑ Fam. Médecin des morts : médecin légiste.Ensevelissement des morts. 2. Bière, cercueil; linceul, suaire; fossoyeur. || Porter un mort en terre. Ensevelir, enterrer (cit. 13); enterrement, obsèques; fosse, tombe; corbillard; convoi (cit. 6), cortège. Par plais. || « Un mort s'en allait tristement… » (→ Curé, cit. 1, La Fontaine). || Emmener un mort à sa dernière demeure.Incinérer un mort. Crémation. || Cendres d'un mort. Cinéraire (urne).Lieu où l'on enterre les morts, où l'on place leurs restes. Catacombe(s), caveau (cit. 2), champ (des morts), charnier (cit. 4), cimetière, columbarium, crypte, fosse, nécropole, sépulcre, sépulture, tombeau. || Maison des morts (→ Apprivoiser, cit. 23).Les morts gisent (cit. 3) dans la terre. || Mort décomposé. || Les morts sont la proie des vers.
1 Ainsi, quand de tels morts sont couchés dans la tombe (…)
La gloire, aube toujours nouvelle,
Fait luire leur mémoire et redore leurs noms !
Hugo, les Chants du crépuscule, III.
2 Hermann reprit alors : le malheur, c'est la vie.
Les morts ne souffrent plus. Ils sont heureux ! J'envie
Leur fosse où l'herbe pousse, où s'effeuillent les bois.
Hugo, les Contemplations, IV, XII.
3 Seigneur, j'ai vu la face inerte de vos morts,
J'ai vu leur blanc visage et leurs mains engourdies;
J'ai cherché, le front bas devant ces calmes corps,
Ce qui reste autour d'eux d'une âme ivre et hardie.
Anna de Noailles, les Vivants et les Morts, « Les morts ».
4 La terre est tellement pleine de morts que les éboulements découvrent des hérissements de pieds, de squelettes à demi vêtus et des ossuaires de crânes placés côte à côte sur la paroi abrupte, comme des bocaux de porcelaine. Il y a dans le sol, ici, plusieurs couches de morts, et en beaucoup d'endroits l'affouillement des obus a sorti les plus anciennes et les a disposées et étalées par-dessus les nouvelles.
H. Barbusse, le Feu, II, XX.
Spécialt. Défunt. || Le mort n'a pu être identifié.
2 Être humain qui ne vit plus (mais est considéré comme existant dans l'au-delà, ou dans la mémoire des hommes). Défunt. || Les morts et les vivants (→ Hommage, cit. 28). || Culte (cit. 8), religion des morts. Ancêtre (cit. 7). → Ancien, cit. 6; homme, cit. 60. || Commémoration d'un mort. || Le jour des morts. Toussaint. || Les parentales, fête des morts dans l'antiquité romaine.Relig. cathol. || Messe des morts. Requiem (→ Célébrer, cit. 2). || Prières des morts. Absoute, de profundis, dies iræ, libera… || Office, vêpres, vigile des morts. || Service de quarantaine, service anniversaire pour un mort. Obit.La mémoire des morts. || Monument à la mémoire d'un mort. Cénotaphe. || Monument (cit. 3 et 4) aux morts. || Lanterne des morts. || Liste des morts. Nécrologie, obituaire. || Cataloguer (cit. 1) les morts. || Nos morts, ceux dont nous nous souvenons, de notre famille, de notre pays… (→ Défaut, cit. 34). || Venger un mort.Les morts dorment en paix (→ Éteindre, cit. 61). || L'oubli, second linceul des morts (→ Asile, cit. 25). || La gloire (cit. 21) est le soleil des morts.
5 (…) on doit des égards aux vivants; on ne doit aux morts que la vérité.
Voltaire, Œdipe, « Lettre I », note.
6 C'est la cendre des morts qui créa la patrie.
Lamartine, la Chute d'un ange, 3e vision.
7 Les morts durent bien peu. Laissons-les sous la pierre !
Hélas ! dans le cercueil ils tombent en poussière.
Moins vite qu'en nos cœurs !
Hugo, les Feuilles d'automne, VI.
8 Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs (…)
Baudelaire, les Fleurs du mal, « Tableaux parisiens », C.
9 (…) une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants qui la continuent.
Renan, Discours et Conférences, « Réponse au discours de Lesseps », Œ. compl., t. I, p. 816.
10 Les morts ne sont pas morts, c'est assez clair puisque nous vivons. Les morts pensent, parlent et agissent; ils peuvent conseiller, vouloir, approuver, blâmer; tout cela est vrai; mais il faut l'entendre. Tout cela est en nous; tout cela est bien vivant en nous.
Alain, Propos, Le culte des morts, 8 nov. 1907.
3 Personne que la mort a frappée. Victime. || Les morts de la guerre, de Verdun, des bombardements.Les morts du choléra, de la peste. Spécialt. (Dans le décompte des victimes d'un accident). || Un mort, deux blessés graves (cit. 25).Dr. anc. || Le mort saisit le vif… (→ Hoir, cit. 1).
Allus. hist et littér. « Les morts vont vite », refrain d'une ballade fantastique de Burger, dans laquelle Lénore est entraînée dans la tombe par son amant mort.Debout (cit. 13), les morts ! — ☑ Prov. Les morts ont toujours tort. || Il faut laisser les morts ensevelir les morts.
11 Il (Jésus) dit à un autre : « Suis-moi ». Celui-ci répondit : « Permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père ». Mais il lui répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts; pour toi va-t'en publier le Royaume de Dieu ».
Bible (Jérusalem), Évangile selon St Luc, 9, IV, 59-60.
12 Il n'y a que les morts qui ne reviennent pas.
Barère, Rapport à la Convention présenté le 26 mai 1794, in Guerlac.
13 Il est des morts qu'il faut qu'on tue.
Fernand Desnoyers, Protestation (contre une statue de Casimir Delavigne).
14 Les Morts gouvernent les vivants.
A. Comte, Catéchisme positiviste, p. 29.
REM. Cette pensée est généralement citée sous la forme suivante, attribuée à Auguste Comte : « L'Humanité se compose de plus de morts que de vivants » (cf. Guerlac, p. 160).
Loc. fam. La place du mort : la place voisine de celle du conducteur, dans une automobile.
14.1 La traction-avant file à près de cent sur la route de Malesherbes (…) Lui, il est à ma droite, qui va une fois de plus mériter son nom de place du mort.
Hervé Bazin, Cri de la chouette, p. 92.
Loc. fig. Faire un bruit à réveiller les morts.Dire des énormités à faire se retourner les morts dans leurs tombes. || Ce cognac réveillerait un mort.
15 Les femmes poussaient des cris à réveiller les morts.
France, le Petit Pierre, XIX.
Contrefaire (cit. 6 et 7), faire (cit. 163) le mort : rester rigoureusement immobile, et, fig., ne pas agir, ne pas se manifester; je lui ai écrit plus de dix fois, mais il fait le mort.
16 Ne bougez point, cela est salubre. Faites le mort, on ne vous tuera pas. Telle est la sagesse de l'insecte.
Hugo, l'Homme qui rit, II, III, IX.
4 (XVIe). Esprit, âme d'une personne morte. || Les morts, dans l'au-delà. Double, esprit, ombre (→ Les pâles ombres), spectre; larve, lémure. || Âme des morts. Mânes (antiq. rom.). || L'empire (cit. 10), le royaume des morts. || Le livre des Morts, dans l'ancienne Égypte et au Tibet, décrivant la condition des morts dans l'au-delà. || Le rivage des morts (→ Fois, cit. 4). Poét. || Descendre chez les morts, au séjour des morts : mourir ( Passer).Le dieu des morts : Hadès, Pluton. || Évoquer, faire apparaître les morts par magie. Nécromancie (→ Illuminer, cit. 22 et 26). || Mort qui vient hanter un lieu. Revenant; fantôme.
17 Un mort, un mort de qualité surtout, est accueilli sur le sombre rivage comme un voyageur qui débarque au port, et que tous les courtiers d'hôtellerie fatiguent de leurs recommandations.
Balzac, le Cousin Pons, Pl., t. VI, p. 764.
Ressusciter les morts (→ Aveugle, cit. 34). || La vallée de Josaphat, où les morts ressusciteront au jugement dernier. || Le Christ ressuscita d'entre les morts.
5 Fig. Un mort vivant, un mort en sursis : qqn qui est condamné, qui va mourir (→ Appétit, cit. 25).Allus. littér. || Souvenirs de la maison des morts (récit de la déportation de Dostoïevsky).
(1837). Dr. anc. || Mort civil, celui qui était frappé de mort civile (→ Failli, cit. 1).
6 N. m. (1861). (Cartes : whist, bridge). Joueur qui étale ses cartes sur la table et ne participe plus au jeu, une fois les annonces faites. || Au bridge, c'est le (ou la) partenaire du demandeur qui fait le mort.Cartes de ce joueur. || Jouer pique du mort.
18 Dans le salon bleu, des tables tendues de drap étaient préparées pour le bridge (…) Les morts se lèvent comme dans une insomnie, et un instant détachés du jeu (…) s'approchent des groupes dans la fumée d'une cigarette vite rejetée, puis retournent à leur concentration insondable.
J. Chardonne, les Destinées sentimentales, p. 443.
7 N. m. Techn. (Bâtiment). Chute de papier encollé qui ne sert pas pour tapisser les murs.
CONTR. Vivant.
COMP. Croque-mort.
HOM. Maure, formes du v. mordre, more, mors.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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